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Full text of "La monarchie française: lettres et documents politiques (1844-1907)"

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La Monarchie Française 

(Lettteô et documenta politiqueô 

( 1 844-1 907 J 



COMTE DE CHAMBORD - COMTE DE PARIS 

DUC D'ORLÉANS 



^a 



Monarchie Française 

Retires et documents politiques 

11844-1907} 

AVEC UNE PRÉFACE 



DU 



DUC D'ORLEANS 



OUVRAGE ILLUSTRE DE TROIS PORTRAITS 



-•o 



NOUVELLE 
LIBRAIRIE NATIONALE 

85, RUE DE RENNES 

PARIS 

1907 



b PREFACE 

du Comte de Chambord et de mon père, en y joi- 
gnant quelques-unes de mes lettres et instructions, 
je ne prétends pas édicter un code fermé de textes 
irréformables. La monarchie ne s'immobilise pas 
dans des formules. Elle a, de la vie, la souplesse et 
la variété ; mieux que tout autre régime, elle s'a- 
dapte aux nécessités du moment. C'est ainsi que, 
par la seule vertu de son principe, elle assure 
d'abord aux nations la durée. Elle ne leur garantit 
pas un moindre bienfait en substituant une autorité 
visible et forte, une responsabilité vivante, à cet 
anonymat qui fait de l'état républicain, dans un 
pays de traditions monarchiques, « un corps déca- 
pité ». 

Sur cette solide assise repose tout l'édifice. On ne 
saurait, sans l'ébranler, toucher à l'un de ses élé- 
ments. N'est-il pas évident, par exemple, que l'inté- 
rêt de la monarchie se confond avec celui de toutes 
les familles françaises ? Les lois de l'hérédité et de 
la subordination naturelle violées par la révolution 
dans la Maison royale sont attaquées aujourd'hui 
dans les plus humbles foyers. Les mesures qui 
dissolvent le mariage, annulent l'autorité pater- 
nelle, enseignent la révolte à l'enfant, s'inspirent 
de l'erreur qui, depuis un siècle, a désorganisé 
l'État. 

Montrer à la France le remède à tant de maux. 



10 PRÉFACE 



dans le sens de l'iniquité. Par elle, des milliers de 
Français et de Françaises ont connu, comme moi, 
l'amertume de la proscription. Par elle, l'exercice 
des plus nobles vertus est devenu prétexte à 
déchéance civique. L'histoire des régimes abolis 
ne présenta jamais d'inégalité plus criante et d'os- 
tracisme plus odieux. 



Avec ces trois termes : monarchie, décentralisa- 
tion, association, les conditions premières du relè- 
vement national sont posées. Ils se combineront 
pour organiser le véritable régime représentatif. Ce 
régime a pour base la représentation des droits et 
des intérêts opposée à la représentation purement 
illusoire des individus dans le système qui consacre 
la tyrannie des majorités. Le suffrage universel 
« honnêtement pratiqué » y reprendra son caractère 
propre d'organe de contrôle, non de souveraineté, 
ramenant ainsi à ses justes limites le rôle de ses 
mandataires. La responsabilité des ministres, 
garantie contre les intrigues parlementaires, assu- 
rera aux premiers collaborateurs du Roi la stabilité 
nécessaire au bon service de l'Etat. Les grands 
intérêts de la nation seront préservés de toute 
atteinte et le Roi, gardien vigilant des droits de 



PRÉFACE 11 

tous, régnera et gouvernera avec l'assistance de 
ses conseils et des divers organes de représentation, 
au moyen des lois acceptées par le pays. Ainsi se 
trouvera constitué un pou voir juste et fort, en tous 
points digne de la France. 

Telle est, en son essence, la doctrine si souvent 
développée, si fermement maintenue par mes pré- 
décesseurs. Le malheur des temps m'a obligé à 
prendre place sur des brèches où ils n'avaient point 
eu à soutenir le bon combat. 



Le Comte de Chambord avait prévu les excès de 
la politique antireligieuse. Il n'a pas assiste à son 
abominable triomphe. Aujourd'hui, c'est de la foi 
catholique qu'une secte, identifiée au régime répu- 
blicain, a juré la mort ; elle s'attaquera demain au 
principe même de toute religion. Dans une pareille 
lutte, n'avais-je pas le devoir de prendre parti ? Il 
faut, ai-je dit, séparer résolument la franc-maçon- 
nerie de l'Etat. Il faut rendre à l'Eglise le traite- 
ment de justice et de bienveillance qui lui est dû. 
« Pleine liberté de l'Eglise dans les choses spiri- 
« tuelles, indépendance souveraine de l'État dans 
« les choses temporelles, parfait accord de l'un et 
« de l'autre dans les questions mixtes », tels sont 



10 PRÉFACE 



dans le sens de l'iniquité. Par elle, des milliers de 
Français et de Françaises ont connu, comme moi, 
l'amertume de la proscription. Par elle, l'exercice 
des plus nobles vertus est devenu prétexte à 
déchéance civique. L'histoire des régimes abolis 
ne présenta jamais d'inégalité plus criante et d'os- 
tracisme plus odieux. 



Avec ces trois termes : monarchie, décentralisa- 
tion, association, les conditions premières du relè- 
vement national sont posées. Ils se combineront 
pour organiser le véritable régime représentatif. Ce 
régime a pour base la représentation des droits et 
des intérêts opposée à la représentation purement 
illusoire des individus dans le système qui consacre 
la tyrannie des majorités. Le suffrage universel 
(( honnêtement pratiqué » y reprendra son caractère 
propre d'organe de contrôle, non de souveraineté, 
ramenant ainsi à ses justes limites le rôle de ses 
mandataires. La responsabilité des ministres, 
garantie contre les intrigues parlementaires, assu- 
rera aux premiers collaborateurs du Roi la stabilité 
nécessaire au bon service de l'Etat. Les grands 
intérêts de la nation seront préservés de toute 
atteinte et le Roi, gardien vigilant des droits de 



14 PRÉFACE 



l'autorité. Aucune de celles que le peuple réclame 
justement ne lui serait déniée par la monarchie. 
Seules, se verraient repoussées les mesures qui 
impliquent un caractère de favoritisme et de par- 
tialité. 

Au début de la révolution française, une parole 
fut prononcée, au nom de la bourgeoisie, dont le 
socialisme s'arme à son tour avec une égale injus- 
tice. Personne en France n'a le droit de dire : 
« Je veux être tout. » Une telle prétention conduit 
fatalement à la lutte des classes, impiété envers la 
patrie, que la république demeure impuissante à 
réprimer. A cette lutte, la monarchie entend substi- 
tuer l'harmonie des droits sous l'égide de l'arbitre 
souverain. 

Comme dès lors tout s'ordonne et s'apaise ! 

Et tout d'abord un grand progrès : on voit dispa- 
raître cet. encouragement permanent, cette prime 
constitutionnelle que le régime républicain, par sa 
nature même, assure en France aux agitateurs. Les 
perturbations apportées à la vie économique, les 
interruptions et les révolutions infligées au travail 
national, cessent d'être le chemin scandaleux des 
assemblées politiques, des portefeuilles ministé- 
riels et des honneurs publics. On peut aborder les 
problèmes sociaux en pleine sécurité. 



LE COMTE DE CHAMBORD 



LETTRES ET DOCUMENTS POLITIQUES 



De 1844 à 1881 



24 LA MONARCHIE FRANÇAISE 



A M 



*** 



19 Octobre 1846. 



Monsieur, j'ai lu avec beaucoup d'attention et 
d'intérêt les notes que vous avez été chargé de me 
communiquer. J'applaudirai toujours aux efforts 
qui seront faits pour rapprocher et unir entre elles 
toutes les classes de la société. C'est en renonçant 
à une vie oisive, en travaillant au bien-être du 
peuple, et en protégeant les intérêts du commerce 
et de l'industrie, que mes amis doivent chercher à 
dissiper les préventions qui pourraient encore 
exister, et à reconquérir cette influence salutaire 
qu'ils sont naturellement appelés à exercer, et qui 
peut devenir un jour si utile au pays. 

J'ai particulièrement remarqué, dans le projet 
que vous m'avez soumis, les dispositions qui per- 
mettraient de fournir à bon marché, à la propriété 
et à l'agriculture, les capitaux qui leur sont néces- 
saires et qu'elles ne peuvent se procurer aujour- 
d'hui qu'à des conditions ruineuses. Il existe, dans 
quelques parties de l'Allemagne que j'ai visitées, 
des institutions de crédit foncier qui ont déjà 
produit de très bons résultats, et je crois qu'il serait 
possible de fonder avec avantage en France, par 
les moyens que vous proposez, des établissements 
de ce genre. Ils contribueraient puissamment à 



28 LA MONARCHIE FRANÇAISE 



la patrie, je ne puis, hélas ! jusqu'ici que me bor- 
ner à faire des vœux pour elle, étudiant avec soin 
toutes les questions qui intéressent son avenir, et 
me tenant constamment au courant de la situation 
des choses et des esprits par la lecture assidue des 
journaux des diverses opinions, et par les corres- 
pondances que je multiplie le plus que je puis avec 
des hommes qui appartiennent aux dififérentes 
nuances de l'opinion royaliste. C'est ainsi qu'en 
recherchant tout ce qui me parait de nature à m'é- 
clairer sur ce qui fait l'objet habituel de mes médi- 
tations, j'espère me trouver prêt, lorsque le cours des 
événements amènera des circonstances qui me per- 
mettront de travailler plus activement, plus per- 
sonnellement au bonheur de la France. 

J'apprends avec plaisir qu'un nouveau congrès 
de la presse doit bientôt se réunir à Paris, et 
j'approuve tous les soins qui sont pris d'avance 
pour donner à cette assemblée toute l'utilité qu'elle 
peut avoir. Que l'on s'attache surtout à prévenir 
ces discussions irritantes et dangereuses qui peu- 
vent compromettre l'avenir et jeter le trouble et 
la désunion au sein du parti royaliste. Pour être 
fort, il doit toujours rester uni. 

Lors de l'ouverture du congrès, j'aurai soin de 
lui donner, par l'intermédiaire de son président, 
l'assurance de toute ma sympathie. Les fidèles amis 
venus avec tant de zèle et de dévouement des divers 
points de la France sauront que leur prince est au 



COMTE DE CHAMBORD 29 

milieu d'eux par le cœur, par la pensée, s'associant 
à leurs travaux, à leurs efforts, et prêt comme eux 
à tout sacrifier pour la prospérité et la grandeur 
de la commune patrie. 



A M*** (1). 

1er Juin 1848. 

Je viens, Monsieur, de lire la prétendue lettre 
adressée par moi au président de l'Assemblée 
nationale, imprimée et publiée à Paris le 18 Mai 
dernier. 

Je sais aussi qu'il a été répandu plusieurs 
autres lettres qui tendraient à faire croire que j'ai 
renoncé au doux espoir de revoir ma chère patrie. 
Aucune de ces lettres n'est de moi. Ce qu'il y 
a de vrai, c'est mon amour pour la France, c'est 
le sentiment profond que j'ai de ses droits, de 
ses intérêts, de ses besoins dans les temps actuels, 
c'est la disposition où je suis de me dévouer tout 
entier, de me sacrifier à elle, si la Providence me 
juge digne de cette noble et sainte mission. 



(1) Cette lettre, lue et dénoncée à la tribune de T Assem- 
blée constituante, a reçu la publicité du Moniteur et de toutes 
les feuilles de l'époque. 



30 LA MONARCHIK FRANÇAISE 

Français avant tout, je n'ai jamais souflFert, je 
ne souffrirai jamais que mon nom soit prononcé 
lorsqu'il ne pourrait être qu'une cause de division 
et de trouble. Mais si les espérances du paj's sont 
encore une lois trompées, si la France, lasse enfin 
de toutes ces expériences qui n'aboutissent qu'à 
la tenir perpétuellement suspendue sur un abime» 
tourne vers moi ses regards, et prononce elle- 
même mon nom comme un gage de sécurité et de 
salut, comme la garantie véritable des droits et de 
la liberté de tous, qu'elle se souvienne alors que 
mon bras, que mon cœur, que ma vie, que tout 
est à elle, et qu'elle peut toujours compter sur 
mojl 

Je vous renouvelle, Monsieur, l'assurance de toute 
mon affection. 



Au duc de Noailles. 

Août 1848. 

J'ai lu et relu, mon cher duc, le compte rendu 
que je viens de recevoir, et je m'empresse d'expri- 
mer à ce sujet ma pleine satisfaction et ma vive 
gratitude. Vous le savez déjà, ce que je veux, c'est 
la paix, c'est le bonheur, c'est la gloire delà France; 
et, dans ma conviction profonde, ces graves intérêts 



32 LA MOXAKCHIE FRANÇAISE 

pour tous les droits, de fidélité à tous les devoirs, 
d amour et de généreux dévouement pour la patrie ; 
enfin la France entière, pacifiée par la réconcilia- 
tion de tous ses enfants, donner au monde le 
spectacle d'une concorde universelle, sincère, inal- 
térable, qui lui promette encore de longs siècles de 
gloire et de prospérité 

Je vous renouvelle, mon cher duc, l'assurance 
de toute mon estime et de ma constante affection. 



Au duc de Nouilles. 

5 Octobre 1848. 

D'après ce que vous m'écrivez, mon cher duc, 
des personnes éminentes, convaincues de la néces- 
sité de réunir en un seul faisceau toutes les forces 
qui peuvent résister à la tempête dont le monde 
social est si violemment ébranlé, pensent qu'un 
rapprochement entre les deux branches de ma 
famille est la condition première de cette désirable 
union. Mes devoirs envers la France seront tou- 
jours la règle essentielle de ma conduite. Tout ce 
qui peut contribuer à la sécurité, au bonheur, à 
la gloire de notre pays, je suis prêt à l'accomplir 
sans hésitation, sans arrière-pensée. Je crois avec 
vous que le concours de tous les hommes de cœur, 



31 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

l^rs talents, tous les caractères élevés, toutes les 
Forces intellectuelles de tous les Français, à la 
|irospérité et à la gloire de la France. 

Je vous renouvelle, mon cher duc, l'assurance 
de toute mon estime et de ma bien sincère et cons- 
tante affection. 



A M. Berrger. 

15 Janvier 1^49. 

I! y a peu de jours. Monsieur, Ton vous man- 
dait par mon ordre que j'approuvais et que je par- 
tageais votre manière de voir sur le passé et sur 
Tavenir. En rendant aujourd'hui justice à votre 
dévouement, à voire zèle infatigable, et en vous 
renouvelant ici l'expression de toute ma gratitude, 
je veux vous dire combien j'apprécie la prudence 
que vous apportez dans vos démarches et l'utilité 
de vos relations avec les hommes considérables 
au milieu desquels vous place naturellement votre 
situation politique. L'état présent des affaires et 
des esprits en France, et la marche des événe- 
ments font pressentir de nouvelles crises. Elles me 
trouveront prêt à me dévouer tout entier, avec l'aide 
de Dieu, à l'accomplissement des devoirs que 
m'imposent les droits queje tiens de ma naissance» 



COMTE DE CHÂMBORD 35 

Mais ces droits, je ne les ferai jamais valoir que 
dans l'intérêt de ma patrie, et pour la sauver des 
déchirements et des périls extrêmes dont elle est 
menacée. Car mon règne ne saurait être ni lares- 
source ou l'œuvre d'une intrigue, ni la domination 
exclusive d'un parti. 

Vous connaissez. Monsieur, mes sentiments et 
mes intentions à l'égard des membres de ma fa- 
mille, comme à l'égard des hommes que leur haute 
probité et leur capacité éprouvée appellent à rendre 
au pays d'éminents services. Je vous autorise à 
donner en mon nom l'assurance que l'on me verra 
toujours disposé et résolu à prendre toutes les 
mesures qui, en conciliant avec les droits de la 
couronne, la dignité du gouvernement, la stabilité 
et la grandeur des institutions politiques, favorise- 
ront le développement des libertés et des intérêts 
généraux, et feront surtout régner cet esprit de 
paix et d'union entre tous les Français qui est ma 
plus chère pensée. 

Je vous renouvelle, Monsieur, l'assurance de ma 
bien sincère et constante affection. 



38 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

les besoins de la société telle que l'ont faite les 
événements accomplis depuis plus d'un demi- 
siècle, puisse concilier tous les intérêts, sauvegar- 
der tous les droits acquis, et mettre la France en 
pleine et irrévocable possession de toutes les sages 
libertés qui lui sont nécessaires. 

J'apprécie tous les services qui ont été rendus à 
la patrie ; je tiens compte de tout ce qui a été fait, 
à différentes époques, pour la préserver des maux 
extrêmes dont elle était et dont elle est encore 
menacée. J'appelle tous les dévouements, tous les 
esprits éclairés, toutes les âmes généreuses, tous 
les cœurs droits, dans quelques rangs qu'ils se 
trouvent, et sous quelque drapeau qu'ils aient 
combattu jusqu'ici, à me prêter l'appui de leurs 
lumières, de leur bonne volonté, de leurs nobles et 
unanimes efforts pour sauver le pays, assurer son 
avenir, et lui préparer, après tant d'épreuves, de 
vicissitudes et de malheurs, de nouveaux jours de 
gloire et de prospérité. 

Telles ont été dans tous les temps, mon cher 
duc, et telles sont encore mes dispositions et mes 
vues. En toute rencontre je les ai hautement pro- 
clamées ; je n'ai rien négligé pour les inculquer à 
mes amis, et si, dans une circonstance récente, j'ai 
manifesté le désir de leur imprimer une direction, 
c'était justement pour faire prévaloir parmi eux cet 
esprit de modération et de conciliation qui con- 
vient à la cause de l'ordre, de la justice et de la 



COMTE DE CHAMBORD 39 

vérité. Je continuerai à marcher dans cette voie. 
Je saisirai toutes les occasions de dire ce que je 
veux, et j'espère que le jour nest pas loin où, mal- 
gré les clameurs de la malveillance et de la passion, 
tous les hommes raisonnables de tous les partis 
sauront ce que vous savez vous-même depuis 
longtemps, que je n'ai qu'une pensée, une inten- 
tion, une volonté, c'est de servir la France et de 
me dévouer tout entier à son bonheur. 

Croyez toujours, mon cher duc, à ma bien sin- 
cère affection. 



A M. Berryer (1). 

Venise, 23 Janvier 1851 . 

Mon cher Berryer, j'achève à peine de lire le 
Moniteur du 17 janvier, et je ne veux pas perdre un 
instant pour vous témoigner toute ma satisfaction, 
toute ma reconnaissance pour l'admirable discours 

(1) Le discours prononcé par Berryer à l'Assemblée nationale 
le 16 janvier 1851 avait un but visible de conciliation entre 
les partis monarchiques qu'il s'agissait de fusionner. Ce fut 
pour montrer son ardent désir de répondre à cette pensée que 
le Comte de Chambord marqua un grand empressement à té- 
moigner à Berryer la vive satisfaction que lui avait causée son 
discours. 

Au moment de la mort de Louis-Philippe, arrivée le 26 août 



42 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

Après tant de vicissitudes et d'essais infructueux, 
la France, éclairée par sa propre expérience, 
saura, j'en ai la ferme confiance, reconnaître elle- 
même où sont ses meilleures destinées. Le jour où 
elle sera convaincue que le principe traditionnel 
et séculaire de l'hérédité monarchique est la plus 
sûre garantie de la stabilité de son gouvernement, 
du développement de ses libertés, elle trouvera en 
moi un Français dévoué, empressé de rallier 
autour de lui toutes les capacités, tous les talents, 
toutes les gloires, tous les hommes qui, par leurs 
anciens services, ont mérité la reconnaissance du 
pays. 

Je vous renouvelle, mon cher Berryer, tous mes 
remerciements, et vous demande de continuer, 
toutes les fois que l'occasion vous en sera ofiFerte, à 
prendre la parole, comme vous venez de le faire 
avec tant de bonheur et d'à-propos. Faisons con- 
naître de plus en plus à la France nos pensées, nos 
vœux, nos loyales intentions, et attendons avec con- 
fiance ce que Dieu lui inspirera pour le salut de 
notre commun avenir. 

Comptez toujours, mon cher Berryer, sur ma 
sincère affection. 



COMTE DE CHAMBORD 43 



Au comte de Salvandy (1). 

17 Mars 1851. 

Je veux vous dire moi-même, Monsieur le comte, 
tout le plaisir que j'ai eu à recevoir votre lettre. 
Apprendre, par des hommes qui, comme vous, 
connaissent la France, que mes paroles ont pu 
pénétrer dans les cœurs et dissiper de fâcheuses 
préventions, c'est assurément la meilleure nou- 
velle, la plus grande consolation qui puisse m'arri- 
ver dans l'exil. J'ai lu avec beaucoup d'intérêt tous 
les détails que vous me donnez ; ils sont de bon 
augure. Espérons que celte grande œuvre d'union 
et de conciliation, que je hâte de tous mes vœux, 
s'accomplira bientôt. Dieu veuille que ce soit assez 
à temps pour épargner à notre chère patrie tous les 
malheurs dont elle est menacée I Voilà le point 
essentiel et dont il faut se préoccuper avant tout. 
Aussi, est-ce là l'objet de toutes mes craintes, de 

(1) M. de Salvandy, ancien ministre du roi Louis-Philippe, 
•avait été parmi les orléanistes de marque un des partisans les 
plus résolus de l'union des Bourbons. Ce fut pour cette rai- 
son que la reine Marie-Amélie, très désireuse de voir cette 
union se réaliser, le chargea d'adresser en son nom, et au nom 
•de ses enfants et petits-enfants, un message de remer- 
-ciements au Comte de Chambord pour les condoléances que 
le Prince avait fait exprimer en apprenant la mort de Louis- 
Philippe. 



44 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

toutes mes sollicitudes. Que les hommes de cœur, 
que tous ceux qui aiment sincèrement leur pays, 
unissent leurs efforts aux miens et la France sera 
sauvée. 

Vous savez, Monsieur le comte, que je saisis 
toujours avec empressement les occasions qui s'of- 
frent à moi pour vous renouveler l'assurance de 
toute mon estime et de ma constante affection. 



A M, de Corcelle. 

28 Février 1852. 

J*ai lu, Monsieur, avec un grand intérêt et une 
vive satisfaction les dernières notes que vous m'a- 
vez transmises. La situation y est parfaitement 
appréciée ; les questions relatives au présent et à 
l'avenir y sont mises dans leur vrai jour, et, sur 
presque tous les points, vos pensées s'accordent 
avec les miennes. Vous êtes convaincu comme moi, 
et bientôt j'espère, tous les bons esprits, toutes 
les consciences droites, surtout les hommes émi- 
nents dont vous me parlez et qui reviennent à 
nous, partageront pleinement cette conviction, que 
hors de la monarchie héréditaire il n'y a ni repos, 
ni grandeur, ni prospérité durable pour le pays, 
condamné par une nécessité fatale à passer inces- 



46 LA MONARCIIIK FRANÇAISE 

me sacrifier tout entier pour le bonheur de la 
France. Nous avons été charmés de revoir M. de 
Barberey. J'ai eu avec lui de longs entretiens dont 
il vous rendra compte. Je m'en réfère donc pour les 
détails à ce qu'il vous redira de ma part. Je le 
charge bien spécialement de vous renouveler 
l'assurance de toute mon estime et de toute mon 
affection. 



MANIFESTE (1). 

Frohsdorf, 25 Octobre 1852. 

« Français ! En présence des épreuves de ma 
patrie, je me suis volontairement condamné à l'inac- 
tion et au silence. Je ne me pardonnerais pas 
d'avoir pu un seul moment aggraver ses embarras 
et ses périls. Séparé de la France, elle m'est chère 
et sacrée autant et plus encore que si je ne l'avais 
jamais quittée. J'ignore s'il me sera donné de servir 
un jour mon pays, mais je suis bien sûr qu'il 
n'aura pas à me reprocher une parole, une démar- 
che qui puisse porter la moindre atteinte à sa 
prospérité et à son repos. C'est son honneur comme 

(1) Publié dans le Moniteur universel du 15 novembre sui- 
vant. 



rOMTE DE CHAMBORD 47 

le mien, c'est le soin de son avenir, c'est mon 
devoir envers lui, qui me décident à élever aujour- 
d'hui la voix. 

« Français, vous voulez la monarchie: vous 
avez reconnu qu'elle seule peut vous rendre, avec 
un gouvernement régulier et stable, cette sécurité 
de tous les droits, cette garantie de tous les inté- 
rêts, cet accord permanent d'une autorité forte et 
d'une sage liberté, qui fondent et assurent le bon- 
heur des nations. Ne vous livrez pas à des illusions 
qui tôt ou tard vous seraient funestes. Le nouvel 
empire qu'on vous propose ne saurait être cette 
monarchie tempérée et durable dont vous attendez 
tous ces biens. On se trompe et on vous trompe, 
quand on vous les promet en son nom. La monar- 
chie véritable, la monarchie traditionnelle, appuyée 
sur le droit héréditaire et consacrée par le temps, 
peut seule vous remettre en possession de ces pré- 
cieux avantages et vous en faire jouir à jamais. 

« Le génie et la gloire de Napoléon n'ont pu 
suffire à fonder rien de stable ; son nom et son 
souvenir y suffiraient bien moins encore. On ne 
rétablit pas la sécurité en ébranlant le principe sur 
lequel repose le trône, et on ne consolide pas tous 
les droits en méconnaissant celui qui est parmi nous 
la base nécessaire de Tordre monarchique. La 
monarchie en France, c'est la maison rovale de 
France indissolublement unie à la nation. Mes 
pères et les vôtres ont traversé les siècles, travail- 



COMTE DE CHAMBORD 19 



Au duc de Lévis (1). 

25 Juin 1853. 

■ 

Je vous remercie, mon cher duc, du compte si 
consciencieux que vous me rendez des dispositions et 
de l'état actuel des esprits dans les diverses nuances 
de l'opinion monarchique. Leur union complète a 
toujours été, vous le savez, l'objet de mes vœux et 
de mes efforts. Je m'étonne et je m'afflige que des 
doutes puissent s'élever sur mes intentions. Dans 
la lettre que j'ai écrite de Venise le 23 janvier 1851 , 
à M. Berryer, et qui heureusement a reçu une si 
grande publicité, j'ai indiqué les bases sur lesquelles 
l'union peut et doit s'accomplir. Ainsi que je l'ai 
dit : « Les maximes que la France a Ibrlement î\ 
« cœur, l'égalité devant la loi, la liberté de cons- 
^ cience, le libre accès pour tous les mérites à tous 
« les emplois, à tous les honneurs, à tous les avan- 
ce tages sociaux, tous ces grands principes d'une 

(1) Le duc de Lévis fut depuis 1838, et pendant toute sa 
vie, le conseiller intime le plus accrédité du Comte de Cham- 
bord. Il mourut en 1863 à Venise dans le palais du Prince 
et entre ses bras. 

En 1850,1e Prince, qui n'eut jamais de représentant unique 
attitré, avait constitué, pour centraliser les renseignements 
et les études et pour transmcllre ses ordres, un comité direc- 
teur. Il comprenait, avec le duc de Lévis qui en était la per- 
sonnalité la plus importante, le général de Saint-Priest, 
Berrj'er, le duc des Cars et le marquis de Pastorct. 



52 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

viciions à cet égard sont arrivées à ce point de ma- 
turité, que les esprits qui, d'abord, y étaient le plus 
opposés, reconnaissent aujourd'hui la nécessité de 
modifications, dans lesquelles la centralisation du 
pouvoir qu'il serait dangereux d'affaiblir trouve- 
rait elle-même de précieux avantages. 

Vous savez ce que je pense de la liberté indivi- 
duelle et des garanties que le sentiment public ré- 
clame contre l'arbitraire. C'est surtout dans le 
respect des lois, dans l'honnêteté et la moralité des 
dépositaires du pouvoir, que sont les véritables et 
les plus sûres garanties de ce droit essentiel ainsi 
que de tous les autres. 

Le système actuel de recrutement pèse trop iné- 
galement sur la population, et il me paraît suscep- 
tible d'être pareillement amélioré. Le problème à 
résoudre est de ne porter aucune atteinte à la force 
militaire de la France, tout en accordant aux 
classes pauvres la faculté de s'exempter du service 
moyennant un sacrifice en rapport avec les res- 
sources que leur procure leur travail. En temps de 
paix, c'est facile ; en temps de guerre, ce n'est peut- 
être pas impossible, et rien ne sera épargné pour 
atteindre ce but. D'ailleurs, avec des cœurs français, 
lorsque la patrie est en danger, ce n'est pas seule- 
ment sur une partie de ses enfants, c'est sur tous, 
c'est sur la nation entière qu'elle peut compter pour 
sa défense. 

Quant aux associations ouvrières, elles ont pris 



J 



COMTE DE CHAMBORD 53 

depuis plusieurs années un développement qui n'a 
point échappé à mon attention. En se formant dans 
des idées d'ordre, de moralité, d'assistance mu- 
tuelle, en régularisant leur existence sous l'autorité 
tutélaire des lois, et en évitant, avec les abus du 
monopole qui, à une autre époque, amenèrent la 
suppression des anciens corps de métiers, tout ce 
qui pourrait en faire des instruments de troubles 
et de révolutions, ces associations constitueront 
de plus en plus des intérêts collectifs sérieux qui 
auront naturellement droit à être représentés et 
entendus pour pouvoir être efficacement protégés. 
Du reste, ces intérêts et toutes les questions qui s'y 
rapportent ont été, dans tous les temps, mes amis 
le savent bien, l'un des principaux objets de mes 
méditations, et vous ne pouvez douter que mes 
plus vives sympathies ne soient acquises d'avance 
à tout ce qui tendra à l'amélioration du sort des 
classes laborieuses. 

Sur ces divers points, et sur la plupart de ceux 
dont votre dévouement vous a fait accepter la mis- 
sion de m'entretenir, je crois que, malgré les diffi- 
cultés inhérentes à des questions si délicates des 
solutions sages et raisonnables sont possibles. Les 
chercher et les trouver est le but constant de mes 
efforts, et avec l'aide du Ciel comme avec le con- 
cours de tous les bons esprits et de tous les nobles 
cœurs, je ne désespère pas d'y réussir. 

Je vous remercie, Monsieur, de tout ce que vous 



54 LA MONARCHIE FRANÇAISE 



ne cessez de faire dans cette voie pour la grande et 
sainte cause que nous servons, et je vous renou- 
velle en même temps l'assurance de mon affection 
bien sincère. 



Au duc de Lévis. 

12 Mars 1856. 

Je n'ai rien à ajouter aux nombreuses manifes- 
tations que j'ai faites de mes dispositions. Elles sont 
toujours les mêmes et ne changeront jamais. 

Exclusion de tout arbitraire ; le règne et le res- 
pect des lois ; Thonnêteté et le droit partout ; le 
pays sincèrement représenté, votant l'impôt et con- 
courant à la confection des lois ; les dépenses sin- 
cèrement contrôlées ; la propriété, la liberté indivi- 
duelle et religieuse inviolables et sacrées ; l'admi- 
nistration communale et départementale sagement 
et progressivement décentralisée ; le libre accès 
pour tous aux honneurs et aux avantages sociaux ; 
telles sont à mes j^eux les véritables garanties d'un 
bon gouvernement, et tout mon désir est de pou- 
voir un jour me dévouer tout entier à l'établir en 
France et assurer ainsi le repos et le bonheur à ma 
patrie. Je n'ai cessé en toute occasion d'exprimer à 
cet égard mes intentions, mes sentiments et mes 



56 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

ports politiques et de famille, en même temps qu'il 
plaisait à mon cœur, semblait à ma raison un gage 
de salut pour la France et une des plus fermes 
garanties de son avenir. Pour justifier mon espé- 
rance, pour rendre notre union efiîcace et digne 
tout ensemble, il ne fallait que deux choses qui 
étaient bien faciles : rester de part et d'autre éga- 
lement convaincus delà nécessité d'être unis ; nous 
vouer une confiance également inébranlable en 
nos mutuels sentiments. 

Je n'ai pas douté de votre dévouement aux prin- 
cipes monarchiques ; personne ne peut mettre en 



la suite d'un arbitrage. Elle porte la date du 25 janvier 1857. 
Elle rompait les négociations avec le Comte de Chambord . 

C'est à cette lettre que répondit le Comte de Chambord, 
le 5 février. 

Le Duc de Nemours a adressé à son fils, le Duc d'Alençon, 
une note que ce Prince a trouvée dans les papiers de son père 
et qui porte les dates suivantes : « 23 juin 1877 ; vu : 27 juillet 
1895. » Le Duc de Nemours dit : « Je désire qiion sache la 
vérité au sujet de la lettre qu'en janvier 1857 j'ai écrite à 
M. le Comte de Chambord. Cette lettre n'est pas l'expression 
de mon opinion, elle ne l'a jamais été. » Il explique ensuite 
comment il dut subir un arbitrage et comment il signa, dit-il, 
« pour la raison sociale de mes frères et de moi une lettre qui 
était contraire à mon opinion ». Il déclare en terminant : « Eu 
ce qui me concerne personnellement, je ne l'aurais pas écrite 
et les opinions qu'elle exprime ne sont pas les miennes. » 

Cette note du Duc de Nemours ainsi que sa lettre et celle 
du Comte de Chambord ont été publiées dans le livre de 
M. René Bazin : Le Duc de Nemours. Il y est dit que l'arbitre 
choisi fut le duc Victor de Broglie . 



COMTE DE CHAMBORD 57 

question mon attachement à la France, mon res- 
pect de sa gloire, mon désir de sa grandeur et de sa 
liberté. Ma sympathique reconnaissance est acquise 
à ce qui s'est fait par elle, à toutes les époques, de 
bon, d'utile et de grand. Ainsi que je n'ai cessé de 
le -dire, j'ai toujours cru, et je crois toujours à l'inop- 
portunité de régler dès aujourd'hui, et avant le 
moment où la Providence m'en imposerait le devoir, 
des questions que résoudront les intérêts et les 
vœux de notre patrie. Ce n'est pas loin de la France 
et sans la France qu'on peut disposer d'elle. 

Je n'en conserve pas moins ma conviction pro- 
fonde que c'est dans l'union de notre Maison, et 
dans les efforts communs de tous les défenseurs 
des institutions monarchiques que la France trou- 
vera un jour son salut. Les plus douloureuses 
épreuves n'ébranleront pas ma foi. 



A M. de Cherrier, membre de V Académie des 
inscriptions et belles-lettres (1). 

26 Mars 1859. 

J'ai reçu. Monsieur, l'important ouvrage que 
vous venez de m'envoyer, et je neveux pas différer 

(1) Auteur d'une Histoire de la liille des papes avec les 
empereurs de la maison de Soiiabe, 



(iO LA MONARCHIE FRANÇAISE 

sciir ili' saint Pierre, c'est menacer tous les souve- 
lîiins, et (|ue renverser son trône dix fois séculaire, 
eVsl saper le ionclement de tous les trônes ? 

Il est triste de voir la France servir ainsi d'ins- 
Iruineiit, contre sa conscience, son cœur, ses tradi- 
tions, tous ses intérêts, à des entreprises qui ne 
pi'nv(Mit aboutir cjuVi de nouveaux bouleverse- 
nu'uls. Aussi, dans ce commun péril, aux voix 
i'|)is('()|)alrs (jni ont jeté le cri d'alarme, n'ont pas 
larilr à s(» joindre d'autres voix non moins coura- 
^c'usi^s, non moins zélées pour soutenir la cause du 
droit cl vvUv de la liberté confondues et attaquées 
loiilcs lieux ensemble dans leur plus auguste repré- 
siMilanl, le Ponlil'e Hoi. Mais nul ne Ta fait avec 
plus (réniMf»ie, de raison, de talent et d'éloquence 
(|ui' l'auleur du remarquable écrit intitulé : La 
I')'<(nci\ riùupirc et ht Papaiilc, Je n'ai pu lire sans 
(Ml rliv vivemenl ému ce qu'il dit, en finissant, au 
Poiîlil'o si doux, si conliant, si généreux, mainte- 
nanl al)rc'iivé de Innl cramertume : 

(( Vivez, persislez, souffrez... dans vos droits 
i( anciens, reconnus si longtemps et naguère encore, 
(( vous niainlenez, vous défendez le droit public de 
« l'iuiropc, l'inviolabilité des faibles puissances et 
(( des litres légilimes. Avec vous, vous aurez la foi 
« de tant dïunes catboliques, le respect du saint 
« asile des consciences et l'amour de la liberté 
« véritable, celle qui croit en Dieu et en la dignité 
« morale de l'homme. » 



COMTE DE CHAMBORD 61 

Puissent ces belles et touchantes paroles être 
entendues de tous ! Combien il est regrettable que, 
sous la pression qui étouffe aujourd'hui au fond 
des cœurs les plus nobles sentiments, l'absence 
d une sage liberté, livrant à la merci de l'arbitraire 
tous les droits, tous les principes, laisse sans 
défense, sans protection, sans aucune garantie, les 
plus chers intérêts de la France, de la religion et de 
la société ! 

Recevez, Monsieur, avec l'expression de ma gra- 
titude, l'assurance de mes sentiments bien sincères. 

Henri. 



A M. Casimir Périer (1). 

31 Mars 1860. 

Je veux vous remercier moi-même. Monsieur, 
de l'envoi de votre excellent écrit sur une grave 
question récemment soulevée par un acte du pou- 
voir, qui menace de jeter dans plusieurs branches 
importantes de l'industrie nationale et dans la con- 
dition des classes ouvrières une perturbation pro- 
fonde. L'expérience du passé n'avait déjà que trop 

(1) M. Casimir Périer était fils de Tancien ministre du roi 
Louis-Philippe. 



()l LA MONARCHIE FRANÇAISE 

nous attendons. Remerciez encore votre frère (1) 
de ma part de tout ce qu'il fait lui-même pour le 
service de la grande cause dont le triomphe peut 
seul rendre la sécurité à la France et à l'Europe, 
et recevez, avec l'expression de ma vive gratitude, 
la nouvelle assurance de ma bien sincère alTection. 



A M. lEvêque (T Orléans. 

14 JuîUet 1860. 

Monsieur TEvèque, j'ai l'exemplaire que vous 
m'avez envoyé de votre livre sur la souveraineté 
pontificale. Il me tardait de vous en remercier et de 
vous dire combien j'en ai été satisfait. Je bénis 
Dieu de ce qu'en ce triste temps, où tous les princi- 
pes sont indignement foulés aux pieds, il leur sus- 
cite encore de si éloquents et de si courageux défen- 
seurs. En rappelant les titres sacrés du Pontife- 
Roi Il la vénération universelle ; en montrant dans 
les origines, dans la préparation et dans l'établisse- 
ment définitif de son pouvoir temporel, non seule- 
ment l'œuvre des siècles, mais l'œuvre même de 

(1) M. Henry de Riancey, alors rédacteur en chef de V Union, 
journal officiel du Comte de Chambord, qui cessa de paraître 
après la mort du Prince. 



COMTE DE CHAMBORD 65 

la Providence, et dans ses antiques droits la plus 
auguste comme la plus ferme garantie des droits de 
tous ; en faisant voir au double flambeau du bon 
sens et de l'expérience ce que deviendraient, sans 
la Papauté, Rome, l'Italie et l'Europe entière, vous 
avez rendu à l'Eglise et à la société un nouveau et 
inappréciable service. De tant d'ennemis qui cons- 
pirent contre elle, les plus à craindre ne sont pas 
ceux qui paraissent, qui disent tout haut et claire- 
ment ce qu'ils veulent, qui attaquent au grand jour 
et à visage découvert ; les plus redoutables sont 
ceux qui se cachent, qui ont deux faces et deux 
langues, qui, se couvrant des apparences du respect, 
agissent dans l'ombre, ou qui, pouvant et devant 
empêcher le mal, le laissent faire . Mais n'en dou- 
tons pas. Dieu confondra la violence des un» et l'hy- 
pocrisie des autres; il exaucera enfin les imtruH 
des âmes saintes et les vœux des ajL*urs (idèlcH, 
et quand son heure sera venue, il saura bien, pour 
sa propre gloire et pour la paix du monde, faire 
triompher partout la cause du droit qui uni la 
sienne. 

Je suis heureux de roccasion qui m uni otftsriAi de 
vous renouveler ici, avec 1 assurance de ma vive 
gratitude, celle de ma sincère et constante afleetioii* 



^ 



72 LA MONARCHIE. FRANÇAISE 

Tinitiative et la sécurité qu'elle doit à la tutuelle 
de l'Etat, et en tenant compte des éléments qui 
existent comme de ceux qui se formeront ; la 
rendre plus expéditive, plus simple, moins dispen- 
dieuse, plus équitable, parce qu'elle resterait étran- 
gère à des combinaisons politiques désormais inu- 
tiles, ce serait déjà un grand bienfait pour le pays ; 
mais, j'en ai la ferme conviction, vos études prou- 
veront que, même sur le terrain social et politique, 
la décentralisation ne produirait pas de moins pré- 
cieux avantages. En effet, quel moyen plus puissant 
et plus en harmonie avec nos mœurs et les faits 
contemporains, pour établir à la longue au milieu 
de nous une hiérarchie naturelle, mobile, conforme 
par conséquent à l'esprit d'égalité, c'est-à-dire de 
justice distributive, qui est aussi nécessaire au 
maintien de la liberté qu'à la direction des affaires 
publiques ? Multiplier et mettre à la portée de cha- 
cun les occasions d'être utile en se consacrant 
selon ses facultés à l'administration des intérêts 
communs ; faire que les rang dans la société soient 
distribués suivant les capacités et les mérites ; 
entretenir par un concours incessant l'émulation 
du dévouement, de l'intelligence et de l'activité 
dans des carrières constamment ouvertes à tous, et 
arriver ainsi à ce que l'influence et les distinctions 
se perpétuent avec les services rendus, c'est là ce 
que l'on peut légitimement se promettre de la dé- 
centralisation. Un tel résultat ne s'obtiendra sans 



COMTE DE CHAXBORD 73 

doute qu*à Taide da temps ; mais il est assuré et 
sera durable, parce qu'il n aura rien de factice. 
Plus la démocratie gagne du terrain, plus il est ur- 
gent de la régler et de l'organiser, pour préserver 
l'ordre social des périls auxquels eUe pourrait l'ex- 
poser. 

La décentralisation n'est pas moins indispen- 
sable pour asseoir sur de solides fondements le 
régime représentatif, juste objet des vœux de la 
nation. L'essai qui a été fait de ce régime à l'é- 
poque où la France avait voulu confier de nouveau 
ses destinées à la famille de ses anciens rois, a 
échoué pour une raison très simple, c'est que le 
pays qu'on cherchait à faire représenter n'était 
organisé que pour être administré. Comment des 
assemblées formées en quelque sorte au hasard et 
par des combinaisons arbitraires autant qu'artifi- 
cielles, auraient-elles pu être la véritable et sincère 
représentation de la France ? La décentralisation 
est seule capable de lui donner, avec la consci(Mice 
réfléchie de ses besoins, une vie pleine, active, ré- 
gulière, et de permettre que le gouvernement repré- 
sentatif devienne une vérité. Elle aussi i)eul créer 
les mœurs politiques, sans lesquelles les meilleures 
institutions se dégradent et tombent en ruines. Kn 
appelant tous les Français à s'occuper plus ou 
moins directement de leurs intérêts dans leurs 
communes, leurs cantons et leurs déparlemenls, 
on verra bientôt se former un personnel nombreux. 



76 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

main mourante, et qu'il vous a chargé de me trans- 
mettre; suprême et touchant adieu d'une fidélité 
qui ne devait finir qu'avec lui. Honneur à la bonne 
ville de Nîmes, à son clergé, à cet immense con- 
cours de citoyens de toutes les opinions et de tous 
les rangs qui ont voulu payer à l'une de leurs plus 
pures illustrations, ce tribut extraordinaire d'una- 
nimes hommages, rendus plus solennels encore par 
la présence du premier pasteur, et consacrés au 
pied des autels non seulement par les prières de 
l'Eglise, mais par les éloges décernés en son nom 
du haut de la chaire de vérité à la mémoire bénie 
du grand poète, du fervent chrétien et du Français 
fidèle! Nul doute que je ne sois très empressé de 
m'associer au projet de souscription dont vous me 
parlez, heureux de pouvoir donner avec toute la 
ville de Nîmes à l'ami que le Ciel vient de nous 
ravir ce témoignage public d'admiration, de gra- 
titude et d'éternels regrets. 

Soyez auprès de sa famille, qui, je le sais, a dans^ 
le cœur tous ses sentiments, l'interprète de mes 
douloureuses sympathies, et recevez vous-même 
la nouvelle assurance de ma bien sincère et cons- 
tante affection. 



COMTE DE CHAMBORD 77 



LETTRE SUR L'ALGÉRIE, LA DÉCENTRA- 
LISATION ET L'ENSEIGNEMENT. 

30 Janvier 1865. 

Un article publié dans le Moniteur du 3 janvier, 
à la suite du décret de nomination à la vice-prési- 
dence du conseil privé, semble annoncer que le 
gouvernement veut aborder, en se les réservant, 
trois grandes questions : l'Algérie, la décentralisa- 
tion et l'enseignement. 

Ces trois questions, comme tout ce qui tient, 
soit à l'honneur de nos armes et à notre dignité 
nationale, soit à la prospérité matérielle et morale 
du pays, soit à la liberté et à l'avenir de la France, 
nous touchent de près, et font partie en quelque 
sorte de notre patrimoine. 

Nul n'y est plus intéressé que nous, et nul par 
conséquent ne doit s'employer avec plus de zèle et 
d'ardeur que nous à en préparer la solution. 

ALGERIE. 

L'Algérie est un don de la monarchie. En se 
retirant sur la terre étrangère où elle emportait avec 
elle le droit, la justice et la liberté, la monarchie 
laissait à la France cette merveilleuse conquête, 



COMTE DE CHAMBORD 79* 

lectuelle ? Où en est la colonisation ? N'y a-t-il pas 
toujours au fond de certains esprits une sourde 
hostilité, une disposition secrète de déplaisir, de 
défiance et d'éloignement pour cette glorieuse con- 
quête de la monarchie ? Ne semble-t-on pas avoir 
oublié que ce n'est point un empire arabe, mais 
une royauté française et chrétienne qu'il s'agit de 
constituer en Afrique ? 

En effet, les intérêts de l'ordre religieux sont-ils 
suffisamment ménagés, favorisés, défendus ? 

Dans la réalité, l'apostolat chrétien est-il parfai- 
tement libre ? Ne rencontre-t-il sur ses pas aucune 
entrave, lorsqu'il vient, non pas par la violence et 
la contrainte, mais avec les seules armes de la 
persuasion, de la charité, des saints exemples, 
essayer d'amener ces peuples encore plongés dans 
les ténèbres de l'ignorance et de Terreur, à la con- 
naissance de l'Evangile, de cette divine loi qui a 
civilisé le monde ? En un mot, les besoins spiri- 
tuels ne sont-ils point partout en souffrance? 

Pour répondre à ces questions, je n'ai qu'à rap- 
peler ici un fait, c'est que là où autrefois cent évê- 
chés florissaient, on n'en compte aujourd'hui qu'un 
seul. 

Les écoles sont-elles aussi nombreuses qu'il le 
faudrait pour faire pénétrer peu à peu dans les 
masses nos idées, notre langue, nos mœurs ? 

Les grands travaux publics n'éprouvent-ils pas 
de singuliers et inexplicables retards ? Les routes,. 



80 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

les chemins de fer, les édifices communaux, tout 
reste en suspens. — C'est à peine si cette belle 
colonie, qui est à deux pas de nous, vient de com- 
mencer enfin à être assimilée à la mère patrie pour 
le régime des douanes. Le commerce et l'industrie 
y subissent encore de pénibles entraves. 

Rien n'égale l'incertitude, les hésitations, la mo- 
bilité des systèmes qui ont présidé tour à tour à 
l'administration, si ce n'est peut-être le désarroi, la 
confusion et le désordre qui en ont été les tristes 
et inévitables conséquences. 

Ici évidemment nos amis ont un grand devoir à 
remplir. Sans avoir la responsabilité de l'impuis- 
sance administrative, ils peuvent avoir l'honneur 
de l'initiative particulière et du dévouement privé. 

L'Afrique est une excellente école. Qu'on y fasse 
l'expérience des associations agricoles, commer- 
ciales^ industrielles. Qu'on s'y forme 'à la gestion 
des intérêts soit isolés, soit communs. Qu'on y 
serve la civilisation et le christianisme. Ce sera 
tout à la fois se rendre utile dans le présent, et 
disposer les voies à cet heureux avenir qui est le 
constant objet de nos vœux les plus chers comme 
de nos plus douces espérances. 

DÉCENTRALISATION. 

La décentralisation est une de nos doctrines. Nous 
avons été les premiers et longtemps les seuls à la 



82 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

dévouement ; que ce serait un puissant moyen de 
régler, d'organiser la démocratie qui gagne tou- 
jours du terrain, et de préserver ainsi Tordre social 
des dangers dont elle la menace. 

Je disais enfin que la décentralisation serait 
seule capable de donner à la France, avec la cons- 
cience réfléchie de ses besoins, une vie pleine, 
active, régulière; que seule, elle pourrait créer les 
mœurs politiques, sans lesquelles les meilleures 
institutions se dégradent et tombent en ruines ; 
qu'en appelant tous les Français à s'occuper plus ou 
moins directement de leurs intérêts, on verrait se 
former avec le temps un personnel nombreux qui 
à l'indépendance et à l'intégrité joindrait l'expé- 
rience des affaires ; que de là, comme des entrailles 
de la nation, sortiraient des assemblées politiques, 
véritable représentation du pays, qui aideraient le 
gouvernement à remplir sa haute mission, en lui 
apportant, avec leur utile concours, un contrôle 
aussi intelligent que dévoué qui serait une force de 
plus, sans pouvoir être jamais un obstacle ou un 
péril. 

Ce que je disais à mes amis en 1862, je le leur 
répète avec plus d'instance encore aujourd'hui. 
L'heure est venue de redoubler d'efforts dans la 
sphère de la publicité, de la persuasion, de l'in- 
fluence, pour éclairer l'opinion, ouvrir la voie aux 
solutions favorables, ou du moins conserver in- 
38 les doctrines qui nous appartiennent. Tout 



84 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

primaire, elle tend chaque jour à disparaître tout 
à fait. Il est donc essentiel de la constituer, de . la 
pratiquer, de la défendre partout. 

Sans doute la loi de 1850 était loin d'être par- 
faite, mais elle établissait les principes et garantis- 
sait la liberté. 

De nombreuses et graves atteintes ont été portées 
à cette loi. Il faut protéger intrépidement ce qui 
en reste, revendiquer avec lïne persévérante éner- 
gie ce qui nous a été enlevé, et réclamer hautement 
Texécution fidèle de la loi dans toutes ses dispo- 
sitions. 

Surtout préservons les classes populaires du 
joug tyrannique et de lodieuse servitude de l'ins- 
truction obligatoire qui achèverait de ruiner l'au- 
torité paternelle et d'effacer les dernières traces du 
respect dans la famille et dans l'Etat. 



LETTRE SUR LES OUVRIERS. 

20 Avril 1865. 

L'opinion publique a le pressentiment d'une crise 
prochaine. Les ouvriers le partagent, et l'expression 
de leurs vœux après l'exposition de Londres suffit 
pour nous en convaincre. 

'a donc semblé que le moment était venu de 



86 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

droit de réunion et à la faculté de concert et d'en- 
tente. Les jurandes et les maîtrises disparurent. La 
liberté du travail fut proclamée, mais la liberté 
d'association fut détruite du même coup. De là 
cet individualisme dont l'ouvrier est encore aujour- 
d'hui la victime. Condamné à être seul, la loi le 
frappe s'il veut s'entendre avec ses compagnons, 
s'il veut former pour se défendre, pour se protéger, 
pour se faire représenter, une de ces unions qui 
sont de droit naturel, que commande la force des 
choses, et que la société devrait encourager en les 
réglant. 

Aussi cet isolement contre nature n'a pu durer. 
Malgré les lois, des associations, des compagnon- 
nages, des corporations, se sont ou rétablies ou 
maintenues. On les a poursuivies, on n'a pu les 
anéantir. On n'a réussi qu'à les forcer de se réfu- 
gier dans l'ombre du mystère, et l'individualisme 
proscrit a produit les sociétés secrètes, double péril 
dont soixante ans d'expérience ont révélé toute 
l'étendue. 

L'individu, demeuré sans bouclier pour ses 
intérêts, a été de plus livré en proie à une concur- 
rence sans limites, contre laquelle il n'a eu d'autre 
ressource que la coalition et les grèves. Jusqu'à 
l'année dernière, ces coalitions étaient passibles de 
peines sévères, qui tombaient la plupart du temps 
5:np Ips ouvriers les plus capables et les plus hon- 
e la confiance de leurs camarades avait 



COMTE DE CHAMBORD 89* 

des délégués ont été publiés, et ils concluent tous à 
la constitution libre des associations et des syn- 
dicats. La couleur dont ces rapports sont parfois 
empreints est une raison de plus pour qu'on s'en 
occupe, qu'on s'en inquiète, et qu'on cherche à 
dégager de ce qu'ils ont de faux et de pernicieux ce 
qu'ils peuvent avoir de juste et de vrai. 

En un mot, ce qui est démontré, c'est la nécessité 
d'associations volontaires et libres des ouvriers 
pour la défense de feurs intérêts communs. Dès 
lors, il est naturel que, dans ces associations, il se 
forme sous un nom quelconque des syndicats, des 
délégations, des représentations, qui puissent entrer 
en relation avec les patrons ou syndicats de pa- 
trons pour régler à l'amiable les différends relatifs 
aux conditions du travail, et notamment au salaire. 
Ici, la communauté d'intérêts entre les patrons et 
les ouvriers sera une cause de concorde, et non 
d'antagonisme. La paix et l'ordre sortiront de ces 
délibérations, où, selon la raison et l'expérience, 
figureront les mandataires les plus capables et les 
plus conciliants des deux côtés. Une équitable 
satisfaction sera ainsi assurée aux ouvriers ; les 
abus de la concurrence seront évités autant que 
possible, et la domination du privilège industriel 
resserrée en d'étroites limites. 

L'autorité publique n'aura rien à craindre, car, 
en sauvegardant les droits d'autrui, loin d'aban- 
donner les siens, elle en maintiendra au contraire 



90 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

Texercice avec la haute influence comme avec les 
moyens de force et de précautions qui lui appar- 
tiennent. Toute réunion devra être accessible aux 
agents du pouvoir. Aucune ne se tiendra sans une 
déclaration préalable, et sans que l'autorité, si elle 
le juge à propos, ait la faculté d'être présente. Les 
règlements devront lui être communiqués, et elle 
aura soin que jamais le but et l'objet des réunions 
ne puissent être ni méconnus, ni dépassés. Lais- 
sant une entière liberté aux débats et aux tran- 
sactions, elle n'interviendra qu'amiablement, et 
à la demande des deux parties, pour faciliter 
leur accord. Elle sera toujours en mesure de 
réprimer sévèrement les troubles, les manœu- 
vres et les désordres. Des commissions mixtes, 
des syndicats de patrons et d'ouvriers, pourront 
se rassembler sous son égide pour entrete- 
nir les bons rapports, et prévenir ou vider les 
différends. 

Enfin l'intervention généreuse des particuliers 
devra être admise pour venir en aide aux ouvriers, 
et pour exercer à leur égard en toute indépendance, 
et avec la pleine liberté du bien, les ministères 
de protection et de charité chrétienne mentionnés 
plus haut. 

En résumé, droit d'association sous la surveillance 

de l'Etat, et avec le concours de cette multitude 

d'œuvres admirables, fruits précieux des vertus 

vangéliques, tels sont les principes qui semblent 



COMTE DE CHAMBORD 91 

devoir servir efiBcacement à délier le nœud si 
-compliqué de la question ouvrière. 

Qui ne voit d'ailleurs que la constitution volon- 
taire et réglée de corporations libres deviendrait 
un des éléments les plus puissants de Tordre et de 
J'harmonie sociale, et que ces corporations pour- 
raient entrer dans l'organisation de la commune et 
dans les bases de l'électorat et du suffrage ? Consi- 
dération qui touche un des points les plus graves 
de la politique de l'avenir. 

En présence surtout des difficultés actuelles, ne 
semble-t-il pas que, fidèles à toutes les traditions 
de son glorieux passé, la royauté vraiment chré- 
tienne et vraiment française doive faire aujourd'hui 
pour l'émancipation et la prospérité morale et 
matérielle des classes ouvrières ce qu'elle a fait 
en d'autres temps pour l'affranchissement des com- 
munes ? N'est-ce pas à elle qu'il appartient d'ap- 
peler le peuple du travail à jouir de la liberté et 
de la paix, sous la garantie nécessaire de l'auto- 
rité, sous la tutelle spontanée du dévouement et 
.sous les auspices de la charité chrétienne ? 



94 LA MONARCHIE FRANÇAISE 



Heureux de cette nouvelle occasion qui leur est 
offerte de travailler activement au bien de leur 
pays, ils la saisiront avec empressement, et, ici 
comme partout, on les verra figurer au premier 
rang parmi ceux dont la noble mission est de se 
montrer constamment les plus fidèles interprètes, 
les gardiens les plus intègres et les plus fermes 
défenseurs des intérêts permanents de la France. 



LETTRE SUR L'AGRICULTURE. 



12 Mars 1866. 

L'agriculture française est dans un état de souf- 
france qui mérite une sérieuse attention. La France 
est essentiellement agricole, et la prospérité des 
champs y est étroitement liée à celle de l'industrie 
et du commerce. Les productions du sol sont la 
première richesse du pays. C'est le sol qui nourrit 
la nation. C'est lui qui est le juste objet de l'atta- 
chement et du zèle dévoué de ses habitants. C'est 
sur lui que pèsent les plus lourdes charges. Dans 
les crises publiques, c'est lui qui est toujours le plus 
sensiblement atteint, et, aux heures de détresse, c'est 
encore lui qui offre les dernières ressources et fait 
le plus généreusement les sacrifices suprêmes. 

L'équité, la politique et Tintérêt de tous soUi- 



98 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

Les cultures doivent-elles être changées ? 

Pourquoi Télève du bétail ne dédommage-t-elle 
pas le propriétaire de ses sacrifices et de ses 
peines? 

Qu'y a-t-il à tenter en faveur de la culture de la 
betterave et des distilleries agricoles ? 

En un mot, comment guérir le mal présent, et 
assurer à l'agriculture un meilleur avenir ? 

Voilà des questions du plus grand intérêt qui 
demandent à être soigneusement étudiées, et sur 
lesquelles doivent se porter les sollicitudes de tous 
ceux qui aiment leur paj^s. 

De toute part on réclame une enquête sérieuse et 
libre de tout système préconçu. Ce vœu unanime 
doit être secondé. 

L'opinion publique a ici une puissance salutaire 
qu'on ne peut nier. Il appartient surtout à nos 
amis de s'en faire les échos et les interprètes. La 
cause du sol est naturellement entre leurs mains. 
Qu'ils s'en constituent hautement les défenseurs. Ils 
auront bien mérité des populations et de la France. 



Au vicomte de Saint-Priest. 

9 Décembre 1866. 

L'année qui va finir, mon cher ami, n'a pas été 
heureuse pour TEurope, et en particulier pour la 



102 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

aux choses du dehors. Mais comment pourra-t-il 
ne pas s'en occuper, quand on aura jeté le trouble 
dans le gouvernement de l'Eglise, quand son chef 
vénéré ne sera plus libre, ou qu'on l'aura forcé à 
quitter Rome et à errer, sans asile, n'ayant pas où 
reposer sa tête ? 

Non, la cause de la souveraineté temporelle du 
pape n'est pas isolée ; elle est celle de toute religion, 
celle de la société, celle de la liberté. Il faut donc à 
tout prix en prévenir la chute. 

Disons-le à la louange de notre pays, à aucune 
époque et dans aucune circonstance il ne s'est 
trompé sur le caractère et la portée de ce qu'il 
voyait s'accomplir. Son sens droit n'a cessé d'indi- 
quer ce qu'il y avait à faire et à éviter. Ainsi ses 
impressions premières sur l'Italie, sur l'expédition 
du Mexique, sur la lutte prête à s'engager en Alle- 
magne, ont signalé d'avance, dans les étroites limites 
laissées à leurs manifestations, les dangereuses con- 
séquences d'une politique poursuivie, malgré ses 
avertissements réitérés, que les faits n'ont pas 
tardé à justifier. 

Vous me tracez un affligeant tableau de notre 
situation intérieure. Je reconnais comme vous la 
profondeur du mal qui arrête au dedans l'essor de 
nos destinées. — Vous savez depuis longtemps les 
vœux que ma raison et mon cœur me dictent pour 
ma patrie. Est-il besoin de vous le redire ici ? Un 
pouvoir fondé sur l'hérédité monarchique, respecté 



COMTE DE CHAMBORD 103 

dans son principe et dans son action, sans faiblesse 
comme sans arbitraire, le gouvernement représen- 
tatif dans sa puissante vitalité, les dépenses pu- 
bliques sérieusement contrôlées, le règne des lois, 
le libre accès de chacun aux emplois et aux hon- 
neurs, la liberté religieuses et les libertés civiles 
consacrées et hors d'atteinte, l'administration inté* 
rieure dégagée des entraves d'une centralisation 
excessive, la propriété foncière rendue à la vie et 
à l'indépendance par la diminution des charges 
qui pèsent sur elle, l'agriculture, le commerce, l'in- 
dustrie constamment encouragés et au-dessus de 
tout cela, une grande chose : l'honnêteté ! L'honnê- 
teté qui n'est pas moins une obligation dans la vie 
publique que dans la vie privée, l'honnêteté qui 
fait la valeur morale des Etats comme des parti- 
culiers. 

Est-il nécessaire d'ajouter qu'après tant de déchi- 
rements, un des premiers besoins de la France^ 
c'est l'union. La seule politique qui lui convienne 
est une politique de conciliation, qui relie au lieu 
de séparer, qui mette en oubli toutes les anciennes 
dissidences, qui fasse appel à tous les dévouements, 
à tous les mérites, à tous les nobles cœurs qui, 
aimant leur patrie comme une mère, la veulent 
grande, libre, heureuse et honorée. 

Quant à moi, ma douleur est de voir de loin 
les maux de mon pays, sans qu'il me soit donné de 
les partager ; mais si, dans les épreuves qu'il peut 



106 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

de n'avoir pas manqué à la résolution que j'avais 
prise envers moi-même de ne point aggraver les 
embarras et les périls de la France. Cependant, 
rhonneur et le devoir me recommandaient de la 
prémunir contre de funestes entraînements. Je n'hé- 
sitais pas, vous vous le rappelez, à protester contre 
les prétentions d'un pouvoir qui, uniquement basé 
sur le prestige d'un nom glorieux, croyait, au len- 
demain d'une crise violente, le moment propice 
pour s'imposer aux destinées du pays. Vous voulez 
la monarchie, disais-je alors aux Français ; vous 
avez reconnu qu'elle seule peut vous rendre, sous 
un gouvernement régulier et stable, cette sécurité 
de tous les droits, cette garantie de tous les intérêts, 
cet accord permanent d'une autorité forte et d'une 
sage liberté, qui fondent et assurent le bonheur des 
nations ; ne vous livrez pas à des illusions qui, tôt 
ou tard, vous seraient fatales. Ce nouvel empire 
qu'on vous propose ne saurait être cette monarchie 
tempérée et durable dont vous attendez tous ces 
biens... 

La monarchie véritable, la monarchie tradi- 
tionnelle, appuyée sur le droit héréditaire, et con- 
sacrée par le temps, peut seule vous remettre en 
possession de ces précieux avantages... 

Le génie et la gloire de Napoléon n'ont pu suffire 

* 

à fonder rien de stable ; son nom et son souvenir 
y suffiraient bien moins encore... 

Les dix-sept années qui viennent de s'écouler 



108 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

lieu de s'appuyer sur leurs vertus. — Berryer Ta dit 
admirablement : « Pour eux, gouverner, ce n'est 
plus éclairer et diriger la pensée publique, quelle 
qu'elle soit ; il suffit de savoir la flatter, ou la 
mépriser, ou Téteindre. » Pour la monarchie tra- 
ditionnelle, gouverner, c'ests'appuyer sur les vertus 
de la France, c'est développer tous ses nobles ins- 
tincts, c'est travailler sans relâche à lui donner ce 
qui fait les nations grandes et respectées, c'est vou- 
loir qu'elle soit la première par la foi, par la puis- 
sance et par l'honneur. 

Puisse-t-il venir. Ce jour si longtemps attendu où 
le pourrai enfin servir mon pays I Dieu sait avec 
quel bonheur je donnerais ma vie pour le sauver. 
Ayons donc confiance, mon cher ami, et ne cessons 
de travailler dans ce noble but. A la justice et au 
droit appartienttoujours la dernière victoire. Comp- 
tez plus que jamais sur mon affection. 



Au comte de Flavigmj, Président de la Société 
internationale de secours aux blessés. 

22 Août 1870. 

Monsieur le comte. 

Condamné par l'exil à la douleur de ne pouvoir 
combattre pour ma patrie, j'admire plus que per- 
sonne les prodiges de valeur de notre héroïque 



110 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

cesse : Mon Dieu, sauvez la France, dussé-je mourir 
sans la revoir. 

Vous comprenez avec quelle impatience nous 
attendons les nouvelles. 

Adieu, croyez à ma sincère aiBFection. 



MANIFESTE. 

Frontière de France (Suisse), 9 Octobre 1870. 

Français ! 

Vous êtes de nouveau maîtres de vos destinées. 

Pour la quatrième fois depuis moins d'un demi- 
siècle, vos institutions politiques se sont écroulées, 
et nous sommes livrés aux plus douloureuses 
épreuves. 

La France doit-elle voirie terme de ces agitations 
stériles, source de tant de malheurs ? C'est à vous 
de répondre. 

Durant les longues années d'un exil immérité, 
je n'ai pas permis un seul jour que mon nom fût 
une cause de division et de trouble, mais aujour- 
d'hui qu'il peut être un gage de conciliation et de 
sécurité, je n'hésite pas à dire à mon pays que 
je suis prêt à me dévouer tout entier à son bon- 
heur. 



COMTE DE CHAMBORD 111 

Oui, la France se relèvera, si, éclairée par les 
leçons de l'expérience, lasse de tant d'essais infruc- 
tueux, elle consent à rentrer dans les voies que la 
Providence lui a tracées. 

Chef de cette Maison de Bourbon qui, avec l'aide 
de Dieu et de vos pères, a constitué la France dans 
sa puissante unité, je devais ressentir plus profon- 
dément que tout autre l'étendue de nos désastres, 
et, mieux qu'à tout autre, il m'appartient de les 
réparer. 

Que le deuil de la patrie soit le signal du réveil 
et des nobles élans. L'étranger sera repoussé, l'in- 
tégrité de notre territoire assurée, si nous savons 
mettre en commun tous nos efforts, tous nos dé- 
vouements et tous nos sacrifices. 

Ne l'oubliez pas ; c'est par le retour à ses tradi- 
tions de foi et d'honneur, que la grande nation un 
moment affaiblie recouvrera sa puissance et sa 
gloire. 

Je vous le disais naguère : gouverner ne consiste 
pas à flatter les passions des peuples, mais à s'ap- 
puyer sur leurs vertus. 

Ne vous laissez pas entraîner par de fatales illu- 
sions. Les institutions républicaines, qui peuvent 
correspondre aux aspirations de sociétés nouvelles, 
ne prendront jamais racine sur notre vieux sol 
monarchique. 

Pénétré des besoins de mon temps, toute mon 
ambition est de fonder avec vous un gouverne- 



112 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

ment vraiment national, ayant le droit pour base, 

l'honnêteté pour moyen, la grandeur morale pour 

but. 

Effaçons jusqu'au souvenir de nos dissensions 

passées, si funestes au développement du véritable 

progrès et de la vraie liberté. 

Français, qu'un seul cri s'échappe de notre cœur : 
Tout pour la France, par la France, et avec la 

France. 



PROTESTATION 
CONTRE LE BOMBARDEMENT DE PARIS 

7 Janvier 1871. 

Il m'est impossible de me contraindre plus long- 
temps au silence. 

J'espérais que la mort de tant de héros tombés 
sur le champ de bataille, que la résistance éner- 
gique d'une capitale résignée à tout pour maintenir 
l'ennemi en dehors de ses murs épargnerait à mon 
pays de nouvelles épreuves. Mais le bombarde- 
ment de Paris arrache à ma douleur un cri que je 
ne saurais contenir. 

Fils des rois chrétiens qui ont fait la France, je 
gémis de ses désastres. Condamné à ne pouvoir 
les racheter au prix de ma vie, je prends à témoin 
les peuples et les rois, et je proteste, comme je le 



COMTE DE CHAMBORD 113 

puis, contre la guerre la plus sanglante et la plus 
lamentable qui fût jamais. 

Qui parlera au monde, si ce n'est pas moi, pour 
la ville de Clovis, de Clotilde et de Geneviève, 
pour la ville de Charlemagne et de saint Louis, 
de Philippe-Auguste et de Henri IV, pour la ville 
des sciences, des arts et de la civilisation ? 

Non ! je ne verrai pas périr la grande cité que 
chacun de mes aïeux a pu appeler ma bonne ville 
de Paris, 

Et puisque je ne puis rien de plus, ma voix 
s'élèvera de l'exil pour protester contre la ruine de 
ma patrie ; elle criera à la terre et au Ciel, assurée 
de rencontrer la sympathie des hommes, en atten- 
dant tout de la justice de Dieu. 



A M. de Carayon-Latour (1). 

8 Mai 1871 . 

Comme vous, mon cher ami, j'assiste, 1 ame 
navrée, aux cruelles péripéties de cette abominable 
guerre civile qui a suivi de si près les désastres 
de l'invasion. 

Je n'ai pas besoin de vous dire combien je m'as- 



(1) M. de Carayon-Latour était député de la Gironde à 
TAssemblée nationale. 

8 



116 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

reste de préjugé, tout le bon sens de la France 
aspire à la monarchie. Les lueurs de l'incendie 
lui font apercevoir le chemin ; elle sent qu'il lui 
faut l'ordre, la justice, l'honnêteté, et qu'en dehors 
de la monarchie traditionnelle, elle ne peut rien 
espérer de tout cela. 

Combattez avec énergie les erreurs et les préven- 
tions qui trouvent un accès trop facile jusque dans 
les âmes les plus généreuses. 

m 

On dit que je prétends me faire décerner un 
pouvoir sans limite. Plût à Dieu qu'on n'eût pas 
accordé si légèrement ce pouvoir à ceux qui, dans 
les jours d'orage, se sont présentés sous le nom de 
sauveurs ! nous n'aurions pas la douleur de gémir 
aujourd'hui sur les maux de la patrie. 

Ce que je demande, vous le savez : c'est de tra- 
vailler à la régénération du pays, c'est de donner 
Tessor à toutes ses aspirations légitimes ; c'est, à la 
tête de toute la Maison de France, de présider à 
ses destinées, en soumettant avec confiance les 
actes du gouvernement au sérieux contrôle de 
représentants librement élus. 

On dit que la monarchie traditionnelle est in- 
compatible avec l'égalité de tous devant la loi. 

Répétez bien que je n'ignore pas à ce point les 
leçons de l'histoire et les conditions de la vie des 
peuples. 

Comment tolérerais-je des privilèges pour d'au- 
tres, moi qui ne demande que celui de consacrer 



COMTE DE CHAMBORD 117 



tous les instants de ma vie à la sécurité et au 
bonheur de la France, et d'être toujours à la peine 
avant d'être avec elle à l'honneur? 

On dit que l'indépendance de la papauté m'est 
chère, et que je suis résolu à lui obtenir d'efficaces 
garanties. On dit vrai. 

La liberté de FEglise est la première condition 
de la paix des esprits et de l'ordre dans le monde. 
Protéger le Saint-Siège fut toujours l'honneur de 
notre patrie et la cause la plus incontestable de sa 
grandeur parmi les nations. Ce n'est qu'aux épo- 
ques de ses plus grands malheurs que la France a 
abandonné ce glorieux patronage. 

Croyez-le bien, je serai appelé, non seulement 
parce que je suis le droit, mais parce que je suis 
l'ordre, parce que je suis la réforme, parce que 
je suis le fondé de pouvoirs nécessaire pour re- 
mettre en sa place ce qui n'y est pas et gouverner 
avec la justice et les lois, dans le but de réparer les 
maux du passé et de préparer enfin un avenir. 

On se dira que j'ai la vieille épée de la France 
dans la main et, dans la poitrine, ce cœur de roi 
et de père qui n'a point de parti. Je ne suis point 
un parti, et je ne veux pas revenir pour régner par 
un parti. Je n'ai ni injure à venger, ni ennemi à 
écarter, ni fortune à refaire, sauf celle de la 
France, et je puis choisir partout les ouvriers qui 
voudront s'associer loyalement à ce grand ouvrage. 

Je ne ramène que la religion, la concorde et la 



118 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

paix ; et je ne veux exercer de dictature que celle 
de la clémence, parce que, dans mes mains, et 
dans mes mains seulement, la clémence est encore 
la justice. 

Voilà, mon cher ami, pourquoi je ne désespère 
pas de mon pays et pourquoi je ne recule pas 
devant l'immensité de la tâche. 

La parole est à la France et l'heure est à Dieu. 

Henri. 



MANIFESTE. 



Chambord, 5 Juillet 1871 



Français ! 



Je suis au milieu de vous. 

Vous m'avez rouvert les portes de la France, 
et je n'ai pu me refuser le bonheur de revoir ma 
patrie. 

Mais je ne veux pas donner, par ma présence 
prolongée, de nouveaux prétextes à l'agitation des 
esprits si troublés en ce moment. 

Je quitte donc ce Chambord que vous m'avez 
donné et dont j'ai porté le nom avec fierté, depuis 
quarante ans, sur les chemins de l'exil. 

En m'éloignant, je tiens à vous le dire, je ne me 



120 LA MONARCHIE FRANÇAISE 



mes plus chères études, qui ont le plus souflFert de 
ce désordre social. 

Mais la France, cruellement désabusée par des 
désastres sans exemple, comprendra qu'on ne 
revient pas à la vérité en changeant d'erreur, qu'on 
n'échappe pas par des expédients à des nécessités 
éternelles. 

Elle m'appellera, et je viendrai à elle tout entier, 
avec mon dévouement, mon principe et mon dra- 
peau. 

A l'occasion de ce drapeau, on a parlé de con- 
ditions que je ne dois pas subir. 

Français ! 

Je suis prêt à tout pour aider mon paj^s à se 
relever de ses ruines et à reprendre son rang dans 
le monde ; le seul sacrifice que je ne puisse lui 
faire, c'est celui de mon honneur. 

Je suis et veux être de mon temps ; je rends un 
sincère hommage à toutes ses grandeurs, et, quelle 
que fût la couleur du drapeau sous lequel mar- 
chaient nos soldats, j'ai admiré leur héroïsme et 
rendu grâces à Dieu de tout ce que leur bravoure 
ajoutait au trésor des gloires de la France. 

Entre vous et moi, il ne doit subsister ni malen- 
tendu ni arrière-pensée. 

Non, je ne laisserai pas, parce que l'ignorance 
ou la crédulité auront parlé de privilèges, d'abso- 



COMTE DE CHAMBORD 121 

lutisme et d'intolérance, que sais-je encore? de dîme, 
de droits féodaux, fantômes que la plus audacieuse 
mauvaise foi essaye de ressusciter à vos yeux, je 
ne laisserai pas arracher de mes mains l'étendard 
d'Henri IV, de François P** et de Jeanne d'Arc. 

C'est avec lui que s'est faite l'unité nationale ; 
c'est avec lui que vos pères, conduits par les miens, 
ont conquis cette Alsace et cette Lorraine dont la 
fidélité sera la consolation de nos malheurs. 

Il a vaincu la barbarie sur cette terre d'Afrique 
témoin des premiers faits d'armes des princes de 
ma famille ; c'est lui qui vaincra la barbarie nou- 
velle dont le monde est menacé. 

Je le confierai sans crainte à la vaillance de 
notre armée ; il n'a jamais suivi, elle le sait, que le 
chemin de l'honneur. 

Je l'ai reçu comme un dépôt sacré du vieux roi, 
mon aïeul, mourant en exil ; il a toujours été pour 
moi inséparable du souvenir de la patrie absente ; 
il a flotté sur mon berceau, je veux qu'il ombrage 
ma tombe. 

Dans les plis glorieux de cet étendard sans 
tache, je vous apporterai l'ordre et la liberté. 

Français, 

Henri V ne peut abandonner le drapeau blanc 
d'Henri IV. 

Henri. 



124 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

C'est au moment où la France se réveille en 
s'affirmant par un grand acte de foi, qu'on préten- 
drait lui imposer le gouvernement le plus menaçant 
pour ses libertés religieuses ! 

C'est quand la nécessité des alliances se fait si 
impérieusement sentir qu'on rendrait toute alliance 
impossible, et qu'on se condamnerait soi-même à un 
isolement fatal 1 

Non, cela ne sera pas. 

La république inquiète les intérêts autant que les 
consciences. Elle ne peut être qu'un provisoire plus 
ou moins prolongé. La monarchie seule peut donner 
la vraie liberté, et n'a pas besoin de se dire conser- 
vatrice pour rassurer les honnêtes gens. 

C'est à ces derniers surtout que je voudrais 
rendre la conscience de leur force. 

Le peuple d'autrefois avait coutume de s'écrier : 
« Ah ! si le roi savait ! » Comme il serait juste de 
dire aujourd'hui : (( Ah ! si les hommes de bien 
voulaient ! » 

Combattons sans relâche les défaillances des uns, 
les timides condescendances des autres. A la poli- 
tique des fictions et des mensonges opposons par- 
tout et toujours notre politique à ciel ouvert. 

Au fond, la France est catholique et monar- 
chique ; c'est à nous qu'il appartient de la prému- 
nir contre ses égarements, de lui signaler les écueils 
et de lui montrer le port. 

J'espère n'avoir jamais failli à ce devoir sacré, et 



COMTE DE CHAMBORD 125 

nul n'aura le pouvoir de me faire dévier de mon 
chemin. 

Je n'ai pas une parole à rétracter, pas un acte à 
regretter, car ils m'ont tous été inspirés par l'amour 
de ma patrie, et je revendique hautement ma part 
de responsabilité dans les conseils que je donne à 
mes amis. 

Le jour du triomphe est encore un des secrets de 
Dieu, mais ayez confiance dans la mission de la 
France. 

L'Europe a besoin d'elle. La papauté a besoin 
d'elle, et c'est pourquoi la vieille nation chrétienne 
ne peut pas périr. 

Comptez sur ma constante affection. 



A M. Ch. de Ribbe. 



Frohsdorf, le 17 Juin 1873. 



Le livre que vous venez de publier, Monsieur, 
et dont j'accepte très volontiers l'hommage, serait 
bien de nature à convaincre l'esprit le plus rebelle 
s'il pouvait subsister encore un doute sur le rôle 
que Dieu, dans la société, a de tout temps assigné 
à la famille. 

Vous inspirant des travaux de M. Le Play, 
l'économiste éminent qui s'est spécialement voué de 



COMTE DE CHAMBORD 127 



A M. Edouard de Cazenoue de Pradines (1). 

28 Juillet 1873. 

J'achève à Tinstant même, mon cher Cazenovc, 
dans le Journal officiel, la lecture de la séance du 
24 juillet. Vous me connaissez trop pour attendre 
de moi une phrase banale sur votre énergique 
insistance dans la mémorable lutte dont vous êtes 
sorti, comme à Patay, le glorieux vaincu. 

Je vous félicite, je vous remercie et je vous 
embrasse, heureux de joindre au témoignage de 
votre conscience celui de mon admiration et de ma 
vieille amitié. 

Henri. 



(1) M. de Cazenove de Pradines, ancien officier de zouaves 
pontificaux, représentant du Lot-et-Garonne, avait proposé 
qu'une délégation du bureau de TAsseniblée nationale assistât 
à la pose de la première pierre de Téglise du vœu national 
à Montmartre. 



128 LA MONARCHIE FRANÇAISE 



A M. le vicomte de Rodez-Bénavent (1). 

Frohsdorf, le 19 Septembre 1873. 

Le sentiment qu'on éprouve, mon cher vicomte, 
en lisant les détails que vous me donnez sur la pro- 
pagande révolutionnaire dans votre province, est 
un sentiment de tristesse ; on ne saurait descendre 
plus bas pour trouver des armes contre nous, et 
rien n'est moins digne de l'esprit français. 

En être réduit, en 1873, à évoquer le fantôme de 
la dîme, des droits féodaux, de l'intolérance reli- 
gieuse, de la persécution contre nos frères séparés, 
que vous dirai-je encore, de la guerre follement 
entreprise dans des conditions impossibles, du 
gouvernement des prêtres, de la prédominance des 
classes privilégiées ! Vous avouerez qu'on ne peut 
pas répondre sérieusement à des choses si peu 
sérieuses. A quels mensonges la mauvaise foi n'a- 
t-elle pas recours lorsqu'il s'agit d'exploiter la cré- 
dulité publique ? Je sais bien qu'il n'est pas tou- 
jours facile, en face de ces indignes manœuvres, de 
conserver son sang-froid ; mais comptez sur le bon 
sens de vos intelligentes populations pour faire 
justice de pareilles sottises. Appliquez-vous surtout 

ttte de Rodez-Bénavent était député de l'Hérault. 



134 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

tice ne soit remis qu'en des mains assez fermes 
pour le porter. » 

Henri. 



MANIFESTE. 



2 JuiUet 1874. 

Français, 

Vous avez demandé le salut de notre patrie à 
des solutions temporaires, et vous semblez à la 
veille de vous jeter dans de nouveaux hasards. 

Chacune des révolutions survenues depuis 
quatre-vingts ans a été une démonstration éclatante 
du tempérament monarchique du pays. 

La France a besoin de la royauté. Ma naissance 
m'a fait votre roi. 

Je manquerais au plus sacré de mes devoirs, si, 
à ce moment solennel, je ne tentais un suprême 
effort pour renverser la barrière de préjugés qui 
me sépare encore devons. 

Je connais toutes les accusations portées contre 
ma politique, contre mon attitude, mes paroles et 
mes actes. 

Il n'est pas jusqu'à mon silence qui ne serve de 
prétexte à d'incessantes récriminations. Si je l'ai 

s de longs mois, c'est que je n'ai pas 



142 LA MONARCHIE FRANÇAISE 



politique avaient résolu de lui donner un maire du 
palais. 

Si, devant l'Europe attentive, au lendemain de 
désastres et de revers sans nom, j'ai montré plus 
de souci de la dignité royale et de la grandeur de 
ma mission, c'est, vous le savez bien, pour rester 
fidèle à mon serment de n'être jamais le roi d'une 
fraction ou d'un parti. 

Non, je n'accepterai point la tutelle des hommes 
de fiction et d'utopie ; mais je ne cesserai de faire 
appel au concours de tous les honnêtes gens, et, 
comme vous l'avez admirablement dit : armé de 
cette force et avec la grâce de Dieu, je puis sauver 
la France, je le dois, et je le veux. 

Comptez, mon cher Foresta, sur ma vive et 
constante affection. 



Au comte Albert de Mun. 

Goritz, 15 Mars 1881. 

Je n'attendais pas moins de vous, mon cher de 
Mun ; le discours que vous venez de prononcer à 
Vannes est bien celui de l'homme qui, mesurant 
l'étendue du péril social, avait tant de fois déjà 
trouvé dans son patriotisme le courage de dire à la 
révolution ce qu'elle est et à la contre-révolution 



LE COMTE DE PARIS 



LETTRES ET DOCUMENTS POLITIQUES 



10 



NOTE 

Le Comte de Paris a publié pendant son premier 
exil d* importants travaux se rattachant à la politique 
sociale^ notamment des études sur les Trades-Unîons, la 
Condition des ouvriers en Angleterre, les Boards of 
schools, et un prophétique essai paru dès 1867 sur l'Alle- 
magne et ses nouvelles tendances. Les premières de ces 
études sont très utiles à consulter au point de vue des 
questions du travail^ bien que se rapportant à des légis- 
lations et à des statistiques déjà anciennes dune puissance 
étrangère. Quelques extraits en sont reproduits dans ce 
volume. Ce sont ceux qui avaient été publiés en 1888, par 
ordre du Prince^ sous ce titre : le Comte de Paris et les 
questions ouvrières. Quant à V étude qui parut en 189S 
sur le droit d'association sous le titre de Une liberté né- 
cessaire, une réédition en a été faite en 1901, avec une 
préface du Duc d'Orléans, 



150 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

plus récents où mon frère et mes oncles, après 
avoir combattu sous son drapeau, servaient loyale- 
ment dans les rangs de sa vaillante armée. 

Ces calculs seront trompés. 

Instruite par l'expérience, la France ne se mé- 
prendra ni sur la cause, ni sur les auteurs des 
maux dont elle soufiFre. 

Elle reconnaîtra que la monarchie, traditionnelle 
par son principe, moderne par ses institutions, 
peut seule y porter remède. 

Seule, cette monarchie nationale dont je suis le 
représentant peut réduire à l'impuissance les 
hommes de désordre qui menacent le repos du 
pays, assurer la liberté politique et religieuse, rele- 
ver l'autorité, refaire la fortune publique. 

Seule, elle peut donner à notre société démocra- 
tique un gouvernement fort, ouvert à tous, supé- 
rieur aux partis, et dont la stabilité sera pour 
l'Europe le gage d'une paix durable. 

Mon devoir est de travailler sans relâche à celle 
œuvre de salut. Avec l'aide de Dieu et le concours 
de tous ceux qui partagent ma foi dans l'avenir, 
je l'accomplirai. 

La république a peur : en me frappant, elle me 
désigne. 

J'ai confiance dans la France : à l'heure décisive 
je serai prêt. 

Philippe, Comte de Paris. 



COMTE DE PARIS 151 



Au comte Lanjuinais. 



Sheen House, 22 Avril 1887. 

Mon cher comte. 

Vous connaissez la réserve que je m'impose dans 
toutes les questions parlementaires ; mais il en est 
une dont je ne puis me désintéresser, car elle est 
bien supérieure aux combinaisons politiques et 
touche aux plus grands intérêts de la patrie : c'est 
la loi militaire. Comme vous faites partie de la 
commission de la Chambre chargée d'examiner le 
projet ministériel qui, dans une heure si grave, 
porte une profonde atteinte à notre organisation et 
à nos institutions militaires, vous ne vous éton- 
nerez pas, j'espère, qu'avant la rentrée je croie 
devoir vous en dire quelques mots. 

Le projet de loi qui vous est soumis est envisagé 
avec une extrême anxiété par les militaires les plus 
compétents, par la plupart de ceux qui, en temps 
de guerre, auraient les grandes responsabilités. Je 
ne serai pas assez téméraire pour le critiquer moi- 
même, pour suggérer ce que l'on peut, sans incon- 
vénients, modifier dans la loi de 1872 et ce qu'il 
faut en conserver ; mais il me semble que le juge- 
ment du grand public auquel j'appartiens, comme 



152 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

celui des législateurs, devrait être éclairé par Topi- 
nion de nos principales autorités militaires. Et, 
pour cela, la Chambre, avant de se prononcer, ne 
devrait-elle pas demander au ministre de consulter 
le Conseil supérieur de la guerre, institué spéciale- 
ment pour donner son avis sur ces questions? 

L'affaire est si grave, la responsabilité de chacun 
est si grande, que j'ai cru de mon devoir d'appeler 
votre attention sur les avantages qu'il y aurait à 
adopter ce mode de procéder, mode parfaitement 
correct et auquel aucun militaire ne peut rien 
objecter. 



154 LA MONARCHIE FRANÇAISE 



stérilisent tous les efforts tentés pour rétablir l'ordre 
dans les finances. L'instabilité du pouvoir exécutif 
isole la France en Europe. La tranquillité maté- 
rielle est à peine assurée. Partout la faction triom- 
phante opprime le reste des citoyens. Personne 
enfin n'a confiance dans le lendemain. 

Cette situation impose d'autres devoirs aux 
monarchistes dans le pays. N'étant pas liés devant 
la nation, comme ils le sont dans le Parlement, par 
un mandat limité, ils ont une tâche plus large à 
remplir. Ils doivent montrer à la France combien 
la monarchie lui est nécessaire et combien le réta- 
blissement en serait facile. Ils doivent la rassurer 
sur les dangers imaginaires de la transition, lui 
prouver que cette transition, peut s'effectuer légale- 
ment. En vain le Congrès a-t-il proclamé l'éternité 
de la république. Ce qu'un Congrès a fait, un autre 
peut le défaire, et le jour où la France aura mani- 
festé clairement sa volonté, aucun obstacle de pro- 
cédure n'empêchera la monarchie de renaître. 

Toutefois, instruit par une triste expérience, le 
pays croit peu aux transformations légales et régu- 
lières de son état politique. Son histoire, malheu- 
reusement, lui fournit trop de raisons de prévoir 
une de ces crises violentes qui semblent avoir pris, 
dans notre vie nationale, un caractère périodique. 
Si une telle crise se produit, la monarchie peut et 
doit en sortir. Mais elle ne l'aura pas provoquée. 
La crise sera l'œuvre de certains républicains, soit 



162 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

les exploiteurs et les indignes qui avilissent leurs 
fonctions auront seuls à redouter lavènement d un 
pouvoir honnête et juste. 

La monarchie ne sera pas la revanche d'un parti 
vainqueur sur un parti vaincu, le triomphe d une 
classe sur une autre classe. En élevant au-dessus 
de toute compétition le dépositaire du pouvoir exé- 
cutif, elle fait de lui le gardien suprême de la loi 
devant laquelle tous seront égaux. 

Que dès aujourd'hui tous les bons citoyens, tous 
les patriotes dont le régime actuel a déçu les espé- 
rances, compromis les intérêts, blessé la conscience, 
se joignent aux ouvriers de la première heure pour 
préparer le salut commun I Qu'ils secondent les 
efforts de celui qui sera le roi de tous et le premier 
serviteur de la France I 

Philippe, Comte de Paris. 



An baron Tristan Lambert. 

Palais de Villamanrique, 7 Février 1888. 

Mon cher baron, 

J*ai été très touché de votre lettre du 12 janvier, 

et de la pensée que vous avez eue de choisir cette 

date historique pour m'écrire et pour rendre hom- 

à la grandeur de ma race. 

3u par le colonel de Parseval des détails sur 



COMTE DE PARIS 165 



besoin d'être mûries avant d'être exposées aux 
hasards de la discussion dans un parlement mal 
préparé et sans guide. 

Vous le dites bien, il en est des questions sociales 
comme des questions religieuses : les unes et les 
autres ne pourront être abordées sérieusement que 
le jour où la monarchie aura donné à la France 
cette stabilité qui permet d'approfondir un sujet, de 
préparer avec soin les projets de loi, et aux Chambres 
de les examiner de bonne foi, sans hâte ni parti pris. 

Par cette démonstration, qui s'adresse aux esprits 
cultivés qui pourraient n'avoir pas la foi monar- 
chique, vous servez utilement la cause à laquelle 
nous sommes dévoués l'un et l'autre. 

Je vous en remercie et vous prie de me croire 

Votre bien affectionné. 



Philippe, Comte de Paris. 



166 LA MONARCHIE FRANÇAISE 



LE COMTE DE PARIS 

ET LES OUVRIERS PARISIENS (1). 



ADRESSE 

DES OUVRIERS PARISIENS 



Monseigneur, 

Comme citoyens, notre patriotisme souffre cruellement des 
humiliations et des dangers auxquels la république nous 
expose. 

Comme ouvriers, nous sommes les premières victimes de 
toutes les fautes qui se commettent, et qui frappent d'abord 
1 industrie parisienne. 

Les ambitieux qui ne cessent pas de nous promettre la 
liberté et le bonheur, sans jamais nous les donner, nous ont 
lances à l'assaut de tous les gouvernements. 

Une fois les maîtres, ils n'ont rien fait pour nous. 

Ils ont dissous nos anciennes associations et nous ont inter- 
dit d'en former de nouvelles. 

(1) Le 17 juillet 1888, une délégation d'ou\Tiers parisiens, 
représentant vingt- sept corps détats, fut reçue en Angle- 
terre, à Sheen-House, par le Comte de Paris, pour lui pré- 
senter une adresse à laquelle le Prince répondit. 

Le Comte de Paris s'entretint ensuite de leurs métiers 
avec chacun d eux. Ils rentrèrent en France, emportant une 
impression profonde de l'accueil qu'ils avaient reçu. 



COMTE DE PARIS 167 



Puis, ils nous ont accablés d'impôts qui allongent notre 
journée de travail et qui, grevant l'industrie nationale, nous 
condamnent souvent au chômage, c*est-à-*dire à la misère. 

La république nous a trompés. Nous ne voulons pas de 
nouvelle aventure, et pourtant il faut que le peuple trouve 
enfin un rempart contre ceux qui l'oppriment et l'exposent à 
tous les périls. 

On nous dit que la monarchie a été et sera ce rempart ; 
que, fils de nos rois, vous avez étudié les questions qui nous 
touchent ; que vous êtes disposé à nous entendre et préparé à 
comprendre nos besoins. 

Nous sommes donc venus, Monseigneur, comme des 
Français libres de préjugés, désireux de travailler au relè- 
vement de la patrie, vous demandant, au milieu de nos 
épreuves, ce que nous avons le droit d'espérer. 

Pouvons-nous attendre de la monarchie Tindépendauce de 
nos consciences et de notre foyer ? 

Nous donnera-t-elle la liberté d'association qui nous per- 
mettra de pourvoir nous-mêmes, avec Faide spontanée de nos 
patrons et de nos anciens camarades, à toutes les misères pro- 
venant des accidents, des maladies, des chômages et de la 
vieillesse ? 

La monarchie assurera-t-elle à nos intérêts les légitimes 
satisfactions que nous réclamons depuis si longtemps ? 

C'est avec une respectueuse indépendance, Monseigneur, 
que nous vous tenons ce langage. 

Nous sommes les enfants dévoués de la patrie que vos 
ancêtres ont faite, et si vous voulez être le protecteur du 
peuple, l'ami de l'ouvrier, le chef de notre société démocra- 
tique, nos bras et nos cœurs vous appartiendront pour refaire 
une France libre, prospère et forte I 



170 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

nationale est profondément atteinte. La monarchie 
pourra, mieux que tout autre régime, travailler à la 
relever. Sans doute, elle ne pourra pas en un jour 
rendre à la France cette prospérité dont elle ne pos- 
sède plus que le souvenir. Mais la confiance qu'elle 
inspirera stimulera la reprise des affaires. Elle 
inspirera cette confiance non seulement à Tintérieur, 
mais aussi à Textérieur. Quand l'Europe verra 
qu'elle ne compromet pas, comme il arrive main- 
tenant, les intérêts les plus graves de l'industrie et 
de l'agriculture nationales par des calculs person- 
nels ou par simple ignorance, elle l'écoutera davan- 
tage. Quand elle verra que la parole de la France 
ne risque plus d'être désavouée par un caprice des 
électeurs ou des élus, elle traitera avec nous les 
graves questions économiques et sociales qui l'in- 
téressent tout entière si vivement. 

Le gouvernement actuel n'est pas assez sûr de 
lui-même et de son crédit pour les aborder. Aussi 
n'a-t-il pas répondu aux avances d'une vieille répu- 
blique amie proposant l'étude des règlements inter- 
nationaux relatifs aux heures de travail des adultes 
dans certaines professions. En effet, on ne pourra 
chercher la solution de ces questions si délicates 
que le jour où la plupart des nations européennes 
seront d'accord pour assurer en même temps à 
certains produits de leur travail une protection 
commune. Il est également évident que la meil- 
leure manière de favoriser le travail national serait 



comjx: HE PAHis 171 



d'alléger les charges militaires qui pèsent sut notre 
population et sur notre budget, et qu'une pareille 
mesure ne saurait être appliquée sans une entente 
préalable de la France avec ses puissants voisins. 

L'instabilité des institutions lui enlève cette 
initiative si longtemps acceptée par l'Europe, 
niême à l'époque de ses plus grands revers. Dépouil- 
lée de ce glorieux privilège qui l'a tant de ibis 
consolée au milieu de ses épreuves, elle contemple 
avec tristesse les vaines querelles qui divisent ses 
enfants. Elle attend le gouvernement réparateur 
qui saura les réconcilier, et qui fécondera leur 
énergie en la mettant au service de la patrie. 

Cette tâche sera d'autant plus facile qu'aucun 
intérêt sérieux ne sépare aujourd'hui ce que l'on 
appelle les dififérentes classes de la société. Il n\ a 
ni barrières à rompre, ni privilèges à détruire, ni 
droits politiques à conquérir. Le triomphe do telle 
ou telle forme de gouvernement no sera ]^lus 
jamais celui d'une classe sur une autre. Aussi les 
esprits impartiaux reconnaissent-ils chaque jour 
davantage la solidarité étroite qui unit les ]>atn>ns 
et les ouvriers. Pourquoi faut-il que cette vérité 
trouve encore tant d'incrédules, cl que la démons- 
tration n'en soit faite le plus souvent fjuo par la 
communauté des souffrances ? 

Toutefois il y a de nombreuses exceptions, trop 
nombreuses, Dieu merci, pour (|ue je piiisst» eiler 
les exemples de concorde et de paix Moeii\les donnés 



172 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

par l'industrie française, depuis ces mondes qu'on 
appelle le Creusot et Baccarat, jusqu'aux établis- 
sements plus modestes dont les noms sont présents 
à tous les esprits. 

Le jour où, s'appuyant sur le renouvellement du 
pacte national, le représentant de la tradition 
monarchique entreprendra cette œuvre de récon- 
ciliation, il sait qu'il ne fera pas inutilement appel 
au patriotisme de tous ceux qui composent le grand 
peuple de France. Ce jour-là, nous nous inspirerons 
tous des paroles qui ont changé la face du monde 
il y a dix-neuf siècles. Nous nous souviendrons que 
notre premier devoir est de souhaiter la « paix sur 
la terre aux hommes de bonne volonté I » 



Au duc (ï Audiffret-Pasquier (1). 

Loch Kennard Lodge, 26 Août 1888. 

Mon cher duc, 

En parlant de la monarchie au banquet du 23, 
vous avez fait vibrer tous les cœurs. Vous avez 



(1) Le discours auquel il est fait allusion dans la lettre du 
Prince avait été prononcé par le duc d'Audififret-Pasquier 
au banquet donné le 23 août 1888, pour fêter l'anniversaire de 
naissance du Comte de Paris. 



171 LA MONARCHIE FRANÇAISE 



.\ 



A M. Edouard Bocher (1). 

Loch Kennard Lodge, lô"" Septembre 1888. 

Mon cher monsieur Bocher, 

Je viens de lire le discours prononcé par vous 
à Pont-l'Evêque au banquet que vous ont offert les 
électeurs du beau département que vous représen- 
tez au Sénat. Je tiens à vous en féliciter. Il est bon 
que des voix éloquentes comme la vôtre fassent 
entendre la vérité au pays. 

Vous avez qualifié avec une juste sévérité l'atti- 
tude d'une assemblée discréditée, impuissante, dont 
les jours sont aujourd'hui comptés, et qui s'efforce 
de prolonger son existence parce que la majorité 
de ses membres redoute le suffrage universel. 

Vous avez raison de rendre justice aux efforts de 
la minorité courageuse qui, toujours sur la brèche, 
n'a jamais manqué de défendre les intérêts consefr- 
vateurs contre les passions et les prodigalités 
républicaines. Ceux qui ont fait partie de cette 
minorité pourront se représenter avec confiance 
devant les électeurs qui les ont nommés. Ils 
devront leur nouveau succès, non pas seulement à 
cette union de tous les conservateurs qui a assuré 

(1) M.Edouard Bocher, alors sénateur du Calvados, fut pen- 
dant de longues années l'un des confidents les plus intimes 
des pensées du Comte de Paris. 



COMTE DE PARIS 175 



leur nomination en 1885 et qu'il faudra maintenir 
énergiquement, mais aussi à la lassitude de tous 
ceux que l'expérience des trois dernières années a 
désabusés du régime actuel. Ils pourront, sans 
rompre cette union, demander la revision de la 
Constitution et protester, comme vous l'avez fait 
en 1884, à la tribune du Congrès, contre la préten- 
tion de mettre la république au-dessus de la 
volonté nationale. 

Je tiens en particulier à vous remercier de la 
manière dont vous avez parlé de la monarchie et 
des services qu'elle seule peut rendre au pays. 
Elle est la solution nécessaire, et, au jour décisif, 
le parti monarchique verra ses rangs se grossir 
de tous ceux qui mettent le salut de la patrie au- 
dessus de leurs regrets et de leurs préférences. 

M 

Je vous prie de recevoir ici l'assurance des senti- 
ments de 

Votre bien affectionné. 



Philippe, Comte de Paris. 



17G LA MONARCHIE FRANÇAISE 



Au colonel de Parseval. 

10 Septembre 1888. 

Mon cher colonel. 

Je suis heureux de l'approbation que vous don- 
nez à mon discours à la députation des ouvriers 
parisiens venue ici le mois dernier. Il a été inspiré 
par la préoccupation dont vous me faisiez part dans 
Tune de vos dernières lettres. Je sentais, comme 
vous, qu'il fallait dire quelque chose qui s'adres- 
sât spécialement aux ouvriers, en leur montrant ce 
que la monarchie seule peut essayer de faire pour 
eux. Je n'ai évidemment fait que poser des jalons. 
Je n'ai pu dire ni tout ce que je pense, ni tout ce 
que j'espère faire un jour. Mais ceux qui se croient 
liés par leurs paroles ne peuvent parler qu'avec une 
extrême prudence de ce qu'ils auront à faire dans 
des circonstances qu'on ne saurait encore prévoir. 
Le mot que j'ai tenu à dire cependant sur la possi- 
bilité d'une réglementation internationale des 
heures de travail a jeté l'alarme parmi ceux de mes 
amis qui tiennent à l'école dite des économistes, 
mais j'espère que les ouvriers l'entendront et s'en 
souviendront, car c'est ce qui les touche le plus. 



COMTE DE PARIS 177 



A M. de Cazenoue de Pradines, 

Sheen-House, 12 Mai 1889. 

Mon cher monsieur de Cazenove, 

J'ai lu, il y a quelques jours, le compte rendu de 
la séance du conseil général de la Loire-Inférieure 
dans laquelle vous avez été pris à partie à propos 
du drapeau, et j'ai à cœur de vous féliciter de la 
manière si heureuse dont vous avez riposté. Votre 
réponse à la fois si politique, si franche et si patrio- 
tique, a arraché un juste hommage même à vos 
adversaires . 

Elle ne peut manquer de causer une vive satis- 
faction à tous ceux que troublaient parfois encore 
des discussions rétrospectives sur un sujet irritant. 
L'hommage rendu aux deux drapeaux, symboles 
de l'honneur national l'un dans le passé, l'autre 
dans le présent, contribuera encore à cimenter 
l'union chaque jour plus solide des éléments qui 
composent le parti monarchique en France. 

Je vous remercie et je vous prie de me croire 

Votre bien affectionné. 

Philippe, Comte de Paris. 



12 



COMTE DE PARIS 181 



liques une garantie efficace contre le maintien 
ou le retour des lois qui les oppriment, à notre 
admirable clergé aide et protection contre les per- 
sécutions d'une secte acharnée. 

Dieu merci, ses traditions et ses enseignements 
ne seront pas perdus, et sa vigoureuse éloquence 
portera encore des fruits longtemps après qu'elle 
aura cessé de retentir du haut de la chaire ou de la 
tribune. 

Je saisis cette occasion pour vous prier de me 

croire 

Votre bien affectionné. 

Philippe, Comte de Paris. 



Au général de Charette. 

Villamanrique, 13 Janvier 1892. 



Je vous remercie de ce que vous me dites au sujet 
de ma lettre de Lisbonne. J'étais bien sûr que vous 
l'approuveriez I A propos de cette lettre, on a dit 
que je voulais enrôler l'Eglise au service de la cause 
monarchique, c'est-à-dire d'un parti politique. Rien 
de plus faux. On ne saurait trop contredire cette 
assertion. Nous considérons donc que les républi- 
cains, en demandant au Pape son apostille en faveur 
de leur politique intérieure et des institutions qui 



184 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

contradiction est-elle flagrante entre les deux par- 
ties de la déclaration, et la seconde appelle-t-elle 
de notre part les plus sérieuses réserves. D'ailleurs, 
les républicains se chargent de lui répondre. Ils 
n'admettent pas qu'on n'accepte ainsi la république 
que sous bénéfice d'inventaire. Et, au fond, ils ont 
raison, car si, par un bonheur inespéré, les catho- 
liques l'emportaient aux élections générales, la nou- 
velle majorité, après avoir achevé l'œuvre répara- 
trice et abrogé toutes les lois antichrétiennes, sen- 
tirait la nécessité de protéger cette œuvre contre la 
fureur des républicains, et elle ne pourrait le faire 
qu'en la plaçant sous la sauvegarde de la monar- 
chie. Malheureusement, ce succès électoral est bien 
peu probable, et l'échec de la campagne catholique 
au scrutin de 1893 sera le signal d'une recrudes- 
cence de persécution contre l'Eglise, cette fois mise 
directement en jeu. 

On comprendra alors, mais un peu tard, que 
rien ne peut se faire pour la religion, pour la liberté, 
pour le maintien des traditions qui ont assuré la 
grandeur de la France, que par et pour la monar- 
chie. 



COMTE DE PARIS 185 



Au colonel de ParsevaL 



31 Janvier 1892. 



Je suis heureux de voir qu'à vos yeux ma lettre 
de Lisbonne me fait un excellent terrain pour tra- 
verser la crise actuelle : cela est fort important, 
car il est bien dangereux de parler sur ces questions 
religieuses, surtout dans un moment où elles sont 
si envenimées que c'est un grand avantage de pou- 
voir garder le silence. Les élections préparent un 
réveil terrible à ceux qui compromettent actuelle- 
ment l'Eglise dans une campagne politique sur un 
terrain aussi mouvant que celui de la république 
catholique. 

Quanta nous, ce n'est pas ce que nous disons qui 
ouvrira les yeux aux inspirateurs de cette cam- 
pagne. Notre devoir est de nous tenir d'autant plus 
fermes sur le terrain monarchique. Je suis con- 
fondu lorsque je vois des hommes désintéressés et 
dévoués me conseiller de courir après les catholi- 
ques en faisant adhésion publique i\ la déclaration 
des cardinaux. D'autres cherchent à nous ruiner 
dans l'esprit des catholiques qui suivent le mouve- 
ment. Ils prétendent que nous voulons pousser les 
choses au pire en amenant la rupture du Concordai, 
et ils ne manqueront pas, comme vous nie Tindi- 



186 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

quez, d'agiter le spectre du gallicanisme. On parait 
vouloir traiter de gallicans tous ceux qui n'accep- 
tent pas aveuglément les conseils du Saint-Siège sur 
des matières purement politiques. A ce compte, 
l'illustre Windhorst aurait été dans son temps une 
sorte de gallican des plus intransigeants. Le gal- 
licanisme ne peut pas plus ressusciter aujourd'hui 
que la monarchie de Louis XFV, et il était déjà un 
anachronisme du temps de Napoléon P*". Cepen- 
dant, vous avez raison ; il faut veiller sur les mots 
et sur les apparences 

Comme vous le dites, au bout de tout ceci on ne 
peut prévoir qu'une grande crise, de terribles 
épreuves pour l'Eglise, et la Monarchie apparais- 
sant aux catholiques comme la seule et suprême 
garantie de tout ce qui leur est le plus cher. 



Au baron Tristan Lambert. 

Villamanrique, 2 Février 1B92. 

Mon cher baron, 

Je profite d une occasion sûre pour vous remer- 
cier de votre lettre du 28 janvier, et de la déclara- 
tion qu'elle contient. 

Cette déclaration met parfaitement en lumière 
la manière dont les devoirs de conscience d'un 



188 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

distinguer les institutions républicaines de la secte 
antichrétienne dont elles sont l'instrument. Mal- 
heureusement Téchec inévitable qui terminera cette 
campagne coûtera cher à la religion. 

C'est alors qu'on reviendra à ceux qui, comme 
vous, sont toujours restés fidèles à la logique de 
leur foi religieuse et politique, de leur conscience» 
et de leur patriotisme. 



An colonel de Parseval, 



3 ,Février 1892. 



L'explication que vous me donnez des récents 
conseils de soumission au gouvernement républi- 
cain venus de Rome me paraît plausible. Toutefois, 
la véritable à mes yeux est la crainte extrême que 
Ton éprouve au Vatican de voir le Concordat dé- 
noncé et l'ambassade française supprimée. J'ai peur 
qu'on ne risque de sacrifier pour cela de graves 
intérêts, car on ne fera qu'enhardir des ennemis 
qui frapperont d'autant plus fort qu'on se défendra 
moins. Ceux qui ne veulent pas le comprendre 
l'apprendront par une dure expérience. La déclara- 
tion des cardinaux vient, d'autre part, de porter un 
coup mortel à r(( Union de la France chrétienne », 



**-'J,*- J. 



r . 



COMTE DE PARIS 189 



qui était fondée sur la neutralité en matière politi- 
que. Cette déclaration, en adoptant l'adhésion for- 
melle aux institutions républicaines, contient une 
condition inacceptable pour les royalistes entrés 
dans rUnion et qu'il s'agissait d'en faire sortir ; 
leur retraite entraîne sa dissolution. 

Nous avons donc les catholiques qui veulent res- 
ter hautement fidèles à leur foi monarchique ; ceux 
qui veulent la conserver tout en consentant, pour le 
moment, à ne pas la proclamer ; ceux qui veulent 
défendre les intérêts religieux et combattre les gens 
actuellement au pouvoir en se plaçant sur le ter- 
rain républicain ; et enfin ceux qui, par crainte de 
pire, ou par obéissance pour les intentions sup- 
posées du Pape, se soumettent même à ce gouver- 
nement de francs-maçons et désertent la lutte. 
Dans cette situation, le parti catholique n'aura 
aucune force et la bataille électorale ne pourra 
aboutir pour lui qu'à un désastre. 



Au baron Tristan Lambert. 

Sheen-House, 20 Août 1893. 

Mon cher baron, 

Je vous remercie de votre lettre du 16, et je ne 
saurais dire combien je suis touché des sentiments 



lî*; 1... lïiVkatiEzi: 



ru 7 im jiaçiT'iti. Viœs iT-,22 rûsoa de qualifier de 
âiHunirTKiAd* i* Êistrîs qœ doos traTersons. 

•r^^ i:uf içc^îLTç faè*îi prâible pour ceux qui ne 
Tiuic^i j* iaixt *t 'jt n^ve^ement de la France que 
Îllzs *»:c r^oicLT ± ji Sots ao sentiment chrétien el 
izz, iruLLtiiic:* zDicanrlûqacs. 

Mil*. Dieci si-enci- î«ir fiot politique el religieuse 
z'r^ scTA zai ti-nnlêe, et les événements leur don- 
-irriz* c^rtiir^enrecl raison. 

C Li-t sVc mpporter pour cela à la P^o^idence 



Voie: dcjâ ceux qui croyaient pouvoir mieux dé- 
fecdre les intérêts catholiques en faisant adhésion 
à la république amenés, par la logique de la situa- 
lion, à passer condamnation sur les lois scolaire 
et militaire. 

Ils croient, par cette funeste condescendance, 
pouvoir sauver le Concordat et le budget des cultes. 

C'est une grande erreur : quand des assiégés 
abandonnent ainsi les ouvrages avancés, le corps 
de place lui-même se trouve bien compromis. 

MM. d'Haussonville et Dufeuille m'ont dit, 
comme vous le pensiez bien, tout ce que vous 
aviez fait dans Seine-et-Marne ; vous êtes de ceux 
(|ui ne reculent devant aucun effort pour servir la 
cause à laquelle les attachent d'inébranlables con- 
victions. 



192 LA MONARCHIE FRANÇAISE 



Au colonel de Parseval. 



5 Janvier 1894 



Je vous remercie beaucoup de ce que vous me 
dites à propos de ma brochure sur la liberté d'asso- 
ciation, et du résumé de vos renseignements sur 
l'impression qu'elle a produite dans différents mi- 
lieux. Je suis très heureux de l'approbation qu'elle 
a rencontrée dans les écoles catholiques sociales 
les plus avancées, et je lirai avec intérêt l'article 
qui, me dites-vous, doit paraître dans le bulletin 
bibliographique de V Association catholique. D'autre 
part, M. Claudio Jannet m'a écrit à ce sujet dans 
des termes qu'il n'aurait pas employés si ce tra- 
vail n'avait pas eu sa pleine approbation. 

Quant aux purs conserv^ateurs, je savais bien que 
je les effaroucherais. Mais je tenais justement sur 
une aussi grave question à ne pas rester solidaire 
de leur politique d'autruche qui les conduira aux 
abîmes s'ils y persistent. 



COMTE DE PARIS 193 



AUX AŒMBRES DU COMITÉ 

DE LA JEUNESSE ROYALISTE DE FRANCE (1). 

Villamanrique, le 29 Avril 1894. 

Messieurs, 

Vous avez raison de rappeler au début de votre 
adresse les encouragements que je vous ai donnés 
et qui ont contribué à la réunion du premier Con- 
grès de la Jeunesse royaliste de France. J'attache, 
en effet, une grande importance à la formation et 
au développement de ces groupes, qui sont une des 
manifestations les plus éclatantes de la vitalité de 
notre parti, et auxquelles je suis particulièrement 
heureux de voir associer mon fils aîné. Je n'ai pas 
à vous rappeler que M. d'Haussonville a été cons- 
tamment auprès devons l'interprète de cette pensée, 
et je vous remercie de la manière dont vous y 
avez répondu. Soyez assurés que je suivrai avec la 
plus vive sollicitude vos efforts et vos travaux. Mes 
conseils et mes directions ne vous feront jamais 
défaut. Ceux d'entre vous qui ont déjà fait le pèle- 
rinage de l'exil le savent par expérience. 

La fermeté avec laquelle vous affirmez vos con- 

(1) Cette lettre fut écrite à l'issue du premier Congrès des 
Jeunesses royalistes tenu à Paris en avril 1894. 



COMTE DE PARIS 195 



Aussi convient-il particulièrement à ceux qui 
sont aussi fermes dans leurs convictions monar- 
chiques que dans leur foi religieuse, de prendre une 
part publique aux hommages qui vont lui être 
rendus. 

La fille du peuple que Dieu alla chercher sous 
l'humble toit de Domrémy, accomplit le plus 
grand peut-être de tous les miracles. Elle réveilla la 
nation tombée en léthargie, rendit la confiance aux 
plus découragés, la foi aux plus sceptiques, inspira 
le dévouement aux plus égoïstes, et fit cesser toute 
division parmi ceux qui se groupaient autour de sa 
sainte bannière. 

Inspirons-nous tous de ces exemples, et n'oublions 
pas que l'avenir appartient à ceux qui savent join- 
dre la persévérance à l'énergie. 

Recevez, Messieurs, l'assurance de mes senti- 
ments affectueux. 



Philippe, Comte de Paris. 



196 LA MONARCHIE FRANÇAISE 



Au baron Tristan Lambert. 

Stowe House, 11 Août 1894. 

Mon cher baron, 

Je ne veux pas tarder à vous remercier de votre 
lettre du 6, quoique je ne puisse actuellement 
consacrer que bien peu de temps à la correspon- 
dance. 

Je suis heureux de voir la manière dont vous 
appréciez la conversation que vous m'attribuez et 
qui a été exactement reproduite par V Express du 
Midi. 

Vous avez bien compris la pensée qui me dirige. 
Le pays commence à appeler de tous ses vœux 
un gouvernement fort qui mette fin à tous les 
scandales et prévienne les dangers qui naissent du 
régime actuel. 

Il faut que l'expérience lui prouve qu'il ne trou- 
vera pas ce gouvernement sous la forme républi- 
caine. 

Mais, pour cela, tout en réservant la question de 
principe, il ne faut pas qu'on nous accuse de faire 
de l'obstruction systématique. 

Je ne négligerai du reste aucune occasion de 
rappeler au pays que, pour le sauver des périls qui 
le menacent, il faut revenir sur tout ce qui a été 
fait depuis quinze ans. 



COMTE DE PARIS 197 



Que, pour la loi scolaire, il faut Tabroger, et 
que c'est être dupe ou complice que de se conten- 
ter de la promesse qu'elle ne sera pas appliquée 
avec rigueur. 

Accepter un tel compromis serait une honteuse 
défaillance. 

Je vous félicite du succès de votre conférence 
dont Calla m'a rendu compte. 

Je voudrais bien pouvoir le faire bientôt de vive 
voix, et je serais heureux de pouvoir vous invi- 
ter avenir passer une journée ici, dans les mêmes 
conditions que lorsque vous êtes venu à Folkestone. 

Mais on me recommande un repos tellement 
absolu que je suis obligé de vous prier de différer 
votre visite jusqu'à ce que je sois en état de vous 
recevoir. 

Les vives douleurs névralgiques qui m'ont 
éprouvé il y a quelques semaines ont bien dimi- 
nué. Mais elles ont été suivies par un mal d'estomac 
qui parfois m'accable complètement. 

Le docteur Guyon m'a tout à fait rassuré sur la 
gravité même du mal. 

Mais ce n'en est pas moins une épreuve très 
pénible. 

J'offre à Dieu ces souffrances, espérant qu'elles 
pourront être utiles au salul de mon âme et au 
bonheur de la France. 

Votre bien afieclionné. 

l^niLippK, (^omtc de Paris. 



198 LA MONARCHIE FRANÇAISE 



TESTAMENT POLITIQUE 

DU COMTE DE PARIS 

Il m'a toujours paru fort imprudent, même pour 
les Princes et les hommes d'Etat qui ont joué un 
grand rôle parmi leurs contemporains, d'écrire un 
testament politique. Pour qu'un tel document 
puisse être vraiment utile à leurs successeurs, 
il faudrait qu'ils eussent reçu le don de lire dans 
l'avenir, don qu'il faut remercier Dieu de nous 
avoir refusé. 

Aussi, au moment où je me prépare tout parti- 
culièrement à paraître devant ce souverain Juge, 
n'ai-je pas l'intention de tracer une ligne de con- 
duite à mon fils. Il connaît mes pensées, mes sen- 
timents, mes espérances ; il aura toujours pour 
guide la conscience de ses devoirs et l'amour pas- 
sionné de la France qui est la tradition invariable 
de notre Maison. 

C'est à mes amis que je tiens à dire un dernier 
adieu, au moment de terminer une vie que je n'ai 
pu consacrer aussi utilement que je l'aurais voulu 
au service de notre pays. Et je ne m'adresse pas 
seulement à ceux avec qui j'ai été en relations 
directes. J'appelle amis ou amies toutes les person- 
nes, quelle que soit leur condition sociale, qui, de 



200 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

grand parti avait montrée à son nouveau chef en 
travaillant à fusionner les éléments divers dont il 
se composait. Le résultat des élections de 1885 
montra que ce travail n'avait pas été inutile. Nos 
adversaires politiques y répondirent par l'exil. Je 
n'avais rien fait pour le provoquer, si ce n'est 
d'exciter leurs alarmes. Je ne fis rien pour l'éviter, 
et je le subis comme l'une des plus dures consé- 
quences de la situation que me faisait ma nais- 
sance. 

J'ai poursuivi sans relâche dans l'exil l'œuvre 
commencée sur le sol français, au milieu des cir- 
constances les plus difficiles. J'ai pu me tromper 
parfois sur les hommes et sur les choses, mais je 
lai toujours fait de bonne foi, et j'ai le droit de 
dire que tous mes actes n'ont jamais été inspirés 
que par mon dévouement à la France et à la 
cause que je représente. 

Mon but a toujours été de conserver le dépôt du 
principe traditionnel dont ma naissance m'avait 
constitué le gardien, et de prouver à la France 
que ce principe n'avait rien d'incompatible avec 
les idées modernes, avec notre état social actuel. 

En transmettant cet héritage à mon fils aîné, 
je demande à tous mes amis de se serrer autour 
de lui. J'ai confiance dans l'avenir; j'espère qu'ils 
partageront cette confiance. Elle sera leur soutien 
au milieu de toutes les épreuves et le gage de leur 
succès final. 



COMTE DE PARIS 201 



Je ne puis pas croire, en effet, que Dieu ait 
pour toujours abandonné la France, le pays 
auquel il a donné saint Louis et Jeanne d'Arc. Or, 
pour qu'elle se relève, il faut qu'elle redevienne une 
nation chrétienne. Une nation qui a perdu le 
sentiment religieux, où les passions ne sont plus 
contenues par aucun frein moral, où ceux qui 
souffrent ne trouvent pas un motif de résignation 
■ dans l'espoir de la vie future, est destinée à se divi- 
ser, à se déchirer, à devenir la proie de ses enne- 
mis intérieurs ou extérieurs. 

Le premier devoir de mes amis est donc d'arra- 
cher la France à la voie funeste qui la conduirait 
à une telle catastrophe. J'espère que, dans cette 
œuvre de salut, ils verront se réunir à eux tous les 
honnêtes gens que l'expérience ne peut manquer 
d'éclairer un jour. C'est le dernier vœu de l'exilé 
pour une patrie à laquelle il recommande à ses 
enfants de rester toujours dévoués et fidèles. 

Stowe-House, 21 Juillet Î89i. 

Philippe, Comte de Paris. 



2<)2 LA MONARCHIE FRANÇAISE 



APPENDICE 



\ 



LE COMTE DE PARIS 

ET LES QUESTIONS OUVRIÈRES 

Les questions ouvrières ont été de tout temps étudiées avec 
une sorte de passion par le Comte de Paris. Bien avant qa'il 
pût songer à la couronne, il publiait, sur la situation des 
ouvriers anglais , deux livres empreints de la plus vive sym* 
pathie pour les populations ouvrières. Il y indiquait comment 
il entendait la solution des problèmes qui les intéressent, 
comment il jugeait possible Famélioration de leur sort. 

Voici quelques extraits de ces livres : 

Devoir de remédier aux souffrances des ouvriers, 

« Si, d'une part, il faut repousser les funestes 
ihéories de ceux qui prétendent demander à l'Etat 
un remède universel pour toutes les souffrances 
sociales et ne tendent qu'à établir, sous ce prétexte, 
le plus intolérable des despotismes, c'est, d'autre 
part, un devoir pour tous ceux qui combattent ces 
dangereux sophismes, au nom de la liberté et delà 
civilisation, de rechercher par quels moyens lé- 
gaux l'amélioration morale et matérielle de ceux 
de leurs concitoyens qui sont voués, par leur 
naissance ou par quelque autre hasard de la des- 
tinée, au travail manuel, peut être obtenue. » 

« ... Un remède unique à toutes les souffrances 



COMTE DE PARIS 203 



de la classe ouvrière serait la pierre philosophale. 
L'égalisation absolue du travail comme sa suppres- 
sion sont la quadrature du cercle de l'économie 
politique. Mais, s'il n'y a pas un remède, il y a 
nombre de remèdes plus ou moins efficaces ; s'il 
n'y a pas de solution absolue, il y a nombre de 
solutions partielles... » 

«... Quelque auguste que soit la charité, elle ne 
saurait, avec ses secours et ses aumônes, servir 
de base aux relations réciproques des citoyens d'un 
pays civilisé, lesquelles ne peuvent être fondées que 
sur l'estime mutuelle et la solidarité d'intérêts. Ce 
sont ces sentiments qui, nous l'espérons, prévau- 
dront de plus en plus dans les rapports entre les 
propriétaires et patrons et leurs ouvriers... » 

Taux des salaires. 

«... C'est un axiome que rien n'est plus cher que 
la main-d'œuvre à bon marché, axiome qui s'ap- 
plique d'une façon éclatante au travail servile, 
travail soi-disant gratuit, et en réalité le plus dis- 
pendieux de tous... » 

«... Tout prouve que la tenue, la bonne conduite 
et la modération des ouvriers sont en rapport direct 
avec la rétribution qu'ils obtiennent pour leur 
travail... » 

Protection contre les excès de travail. 
« ... II est des questions, telles que la protection 



204 LA MOxNARCHIE FRANÇAISE 

des faibles contre l'excès du travail, qui, dans toute 
société bien organisée, doivent appeler l'attention 
constante du pouvoir législatif... » 

« ... Il y aurait malheureusement bien à dire sur 
cet emploi immodéré des femmes et des enfants, 
système funeste à l'instruction, à la moralité, à 
l'esprit de famille. » 

Nécessité de développer V instruction 
parmi les ouvriers. 

u ... Le développement de Finstruction dans les 
classes ouvrières doit être considéré comme le plus 
grand progrès qu'elles puissent faire, car il ouvre 
la voie à tous les autres, et, sans l'instruction, le 
bien-être matériel n'est souvent pour leurs membres 
qu'un dangereux présent... » 

Utilité des conseils d'arbitrage entre patrons 

et ouvriers, 

«... La fréquence même des grèves a fait essayer 
souvent le système de l'arbitrage, et, lorsqu'il a été 
pratiqué avec discernement, il a donné les plus 
heureux résultats... » 

«... L'arbitrage n'est pas une solution radicale^ 
comme la participation industrielle, des questions 
qui s'agitent au fond des luttes entre patrons et 
ouvriers ; mais il les empêche de s'envenimer, il 



208 LA MONARCHIE FRANÇAISE 



DISCOURS DU COMTE DE PARIS (1) 
Au Banquet offert à New-York, 

PAR LES ANCIENS OFFICIERS DE l'armÉE DU POTOMAC, 

le 20 Octobre 1890. 

Messieurs et chers anciens camarades. 

En me retrouvant, au bout de vingt-huit ans, au 
milieu de mes anciens compagnons d'armes, ma 
première pensée est un sentiment d'humble recon- 
naissance envers le Dieu tout-puissant qui tient 
nos vies entre ses mains, et dont la bonté a bien 
voulu permettre qu'après un si long temps écoulé, 

(1) En 1890, le Comte de Paris se savait depuis plus d nn 
an atteint d'une maladie inexorable qui ne pouvait lui laisser 
que très peu d'années à vivre. Désireux de revoir les champs 
où s'étaient livrées les batailles de la guerre de Sécession aui- 
quelles il avait participé, avec le Duc de Chartres, dans l'état- 
major de Mac-GIellan, il se rendit avec le Duc d'Orléans aux 
Etats-Unis. L'accueil qu'il y reçut avec son fils fut des plus 
sympathiques. Un grand nombre de généraux ayant combattu 
avec le Nord ou le Sud accompagnèrent le Comte de Paris sur 
les champs de bataille pour lui en faire les honneurs. Le 
voyage se termina par une visite de quelques jours au Canada, 
où la présence des Princes souleva un enthousiasme énorme. 

Le Comte de Paris était accompagné du comte d'Hausson- 
ville, alors représentant du Prince, du colonel de Parseval,dQ 
marquis de Lasteyrie, du capitaine Morhain, qui avait suivi le 
Prince à l'armée du Potomac en 1864, et du docteur Récamier. 
Le Duc d'Orléans était accompagné du duc d'Uzès, 



214 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

rangs de laquelle plus de quarante membres de la 
Maison de France ont trouvé la mort et qu'unissent 
toujours à ma famille, en dépit des efiforts faits 
pour les rompre, des liens indestructibles. - 

Mais je n'ai pas borné ma visite à parcourir des 
champs de bataille. Que pouvait-il y avoir, en effet, 
de plus intéressant pour moi que la correspondance 
qui s'établissait à chaque instant dans mon esprit 
entre le spectacle dont j'avais été témoin autrefois 
et celui qui s'offrait aujourd'hui à mes yeux? 
Lorsque je débarquais à New- York, il y a vingt- 
huit ans, une chose m'avait surtout frappé : c'était 
le mélange de tristesse et de résolution qui se lisait 
sur le visage de chacun. Chacun était triste, en effet, 
lorsqu'il voyait, non seulement la Constitution du 
pays foulée aux pieds, mais les citoyens d'une 
même nation, les soldats d'une même armée, prêts 
à s'engager dans la plus grande guerre civile des 
temps modernes, et à tirer l'épée les uns contre les 
autres : 

Pares œqiiilas et pila minantia pilis. 

Mais si la tristesse était profonde, non moins 
ferme était la résolution de ne reculer devant aucun 
sacrifice et de prodiguer, s'il le fallait, l'or et le sang 
pour maintenir la Constitution et pour sauver 
l'Union, car nul ne voulait admettre la pensée 
qu'une seule étoile pût tomber de la bannière qui 



218 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

possible de mesurer vos progrès si rapides dans la 
voie de la production industrielle et agricole. Mais 
il y a une chose que je puis vous dire, c'est que, 
dans notre vieille Europe, où chaque pays paye au 
prix de lourdes charges financières ses gloires an- 
ciennes ou récentes, nous n'assistons pas satis 
étonnement aux discussions qui s'élèvent entre 
vous sur le meilleur emploi à faire de l'excédent de 
vos revenus. Ces discussions nous font connaître 
un sentiment analogue à celui que devait éprouver 
Aladin lorsqu'il se trouvait en présence des trésors 
renfermés dans la caverne merveilleuse. 

J'emprunterai encore, si vous le permettez, une 
comparaison aux Mille et une Nuits. Vous vous 
rappelez l'histoire de ce pêcheur qui, ayant trouvé 
une bouteille dans son filet, l'ouvrit imprudem- 
ment et en fit sortir un génie. Mais le génie devint 
bientôt si grand qu'il ne voulut plus rentrer dans 
la bouteille et qu'il se mit à parler d'une voix 
quelque peu menaçante. Eh bien ! la France, qui a 
si puissamment contribué à votre émancipation, 
vous contemple un peu comme le pécheur devait 
contempler le génie. Mais soyez assurés que nous 
n'avons aucune envie de vous faire rentrer dans la 
bouteille, car si nous admirons vos progrès, nous 
les voyons sans jalousie. Je ne veux pas m'aven- 
turer sur le terrain brûlant de l'économie politique, 
mais je tiens à exprimer ici l'espoir sincère que 
deux pays qui n'ont jamais tiré l'épée l'uiï contre 



L... iii'.N t3»::-r:z jn-^js. ".^jse 



^iu—jêns 5^*t. iJLTLzz j» epcçîTïie* de la giiem 
d^ijà. DHîs cainaniie^ iviient cocrtnine de dte 
v5aT*n.t 'ie*:^!:!! mot z^ .iiirtia t^oÎToos est familki 
-< Il y jk -- DieîL p«:Œr Le» ^iiÊints. poor lesirrogno 
et poor î-i» Erjt.ï-L'zii. > Pect-i^tre j- a-f-il dbnsce 
dîctOG ii:ie part de vêrlLé. ueûs en ce sens soile- 
méat qn-r Li Providen^oe rètçenre aveir justice so 
faveur» pour les natioas oà le nom de Dien est res- 
pecté, oii les principes da chrîstianisoie sont con- 
sidérés comme étant Li base de Tédifice social, oà 
la foi en la vie future et la miséricorde dn diTÎB 
Jage sont considérées comme absolument néces- 
saires pour réconcilier Iliomme avec les misères de 
sa condition, et en particulier avec les souffirances 
inséparables des inégalités sociales. Cette foi et ces 
principes sont les vôtres. Vous vous les transmet- 
tez de génération en génération. Ils sont la pierre 
angulaire de votre système d'éducation nationale. 
N agissaient-ils pas, en effet, sous l'inspiration des 
sentiments chrétiens les plus élevés, ces jeunes 
gens qui sont venus des Etats du Nord ou de ceux 
du Sud pour combattre et mourir en volontaires 
sous le drapeau de la cause qui leur avait semblé 
la plus juste ? 

Avant de nous séparer, que nos pensées se tour- 
nent donc pieusement vers ces nobles victimes du 
patriotisme et du dévouement. Unissons-nous, si 
vous le voulez bien, pour payer ensemble un 
tribut d'hommages et de regrets aux soldats et aux 



COMTE DE PARIS 221 

ofiîciers de larmée fédérale ou de Farmée confédé- 
rée qui ont trouvé la mort sur les champs de ba- 
taille ; mais félicitons-nous en même temps de 
cette réconciliation glorieuse qui a réuni, dans un 
sentiment d'amour commun pour la patrie recons- 
tituée, les survivants de cette terrible guerre. Per- 
sonne ne se réjouit plus que moi de cette réconci- 
liation, et c'est pourquoi. Messieurs, comme 
compagnon de vos luttes d'autrefois, comme témoin 
de votre prospérité d'aujourd'hui, comme Français, 
comme représentant de cette vieille race royale qui 
a soutenu les premiers pas de votre jeune répu- 
blique, je vous demande la permission de boire à 
l'amitié et à la prospérité durable des États-Unis et 
de la France. 






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LE DUC D'ORLÉANS 



LETTRES ET DOCUMENTS POLITIQUES 

De 1894 à 1907 



'4* 



226 LA MONARCHIE FRANX-AISE 



Quoique jeune encore, j'ai la conscience de mes 
devoirs ; avec mon grand amour pour la France, 
je consacrerai tout ce que j'ai de force et d'énergie 
à les accomplir, et, avec Taide de Dieu, je les 
accomplirai. 



A M. Buffet (1). 

Douvres, 17 Janvier 1895. 

Mon cher monsieur Buffet, 

La France traverse une crise dont les dangers 
apparaissent à tous les yeux, et dont les angoisses 
viennent s'ajouter pour moi aux douleurs de l'exil. 

Un président de la république élu il y a six mois 
donne sa démission en la motivant par une lettre 
qui est un acte d'accusation contre la Constitution 
actuelle. 

L'Assemblée nationale se réunit dans ces condi- 
tions pour lui donner un successeur. 

Vous êtes un des doyens respectés de cette assem- 
blée ; vous y figurez au premier rang parmi les 
défenseurs de l'ordre, de la liberté, des grands 

(1) Le Duc d'Orléans, qui s'était rendu à Douvres afin d'être 
renseigné plus vite sur les événements de France, a, le matin 
du Congrès de Versailles, adressé cette lettre à M. Bu£fet par 
voie télégraphique. 



228 LA MONARCHIE FRANÇAISE 



Le Duc d'Orléans, qui avait fait venir l'un des premiers 
exemplaires de Messire du Guesclin, adressa à M. Paul Déroa- 
lède, l'auteur de cette pièce historique, la lettre suivante : 

A M. Paul Déroulède. 

10 Novembre 1895. 

Monsieur, 

Je viens de lire votre beau drame, et je tiens à 
vous dire l'émotion profonde qu'il m'a causée. 

Vous n'êtes pas royaliste, je le sais, aussi n'est- 
ce pas le prétendant qui vous félicite ; c'est un 
Français dont le cœur a battu aux sentiments pa- 
triotiques et fiers que vous exprimez avec tant de 
talent, avec tant de chaleur ; c'est un Prince que 
touche la justice rendue à ses aïeux ; c'est un soldat 
remerciant un soldat : 

« La royauté n'est pas un parti », dit votre du 
Guesclin : Henri IV, qui conquit son trône moins 
par son épée que par le plébiscite des cœurs, avait 
la même pensée lorsqu'il se disait « de la religion 
de tous ceux qui sont braves et bons. » 

De l'exil je vous envoie, à vous. Monsieur, qui 
êtes brave et bon, merci, bravo et sympathie. 



DUC DORLÉANS 229 



A un ami du Moniteur universel. 

Un ami du Moniteur universel a eu avec le Duc d'Orléans 
l'entretien suivant le 15 janvier 1896 : 

D. — Je vais rentrer en France ; que dois-je dire 
à vos amis ? 

R. — De se préparer. Il ne faut pas que nous 
soyons surpris par les événements. Je crois que 
l'année 1896 sera grave. 

D. — Quelle raison le Prince a-t-il de le croire ? 

R. — J'en ai plusieurs : la situation ministérielle, 
la situation financière, l'état d'inquiétude du pays 
et même des républicains. 

D. — Il est certain que la formation du cabinet 
Bourgeois a été un pas vers le radicalisme. Cepen- 
dant les lois que ce ministère fait voter avaient été 
présentées par les cabinets précédents. 

R. — C'est vrai, les précédents ministères avaient 
présenté ces lois, mais ils ne les avaient pas fait 
voter. 

D. — Est-ce parce qu'ils n'en avaient pas 
envie ? 

R. — Peut-être. Mais c'est surtout parce qu'ils 
n'inspiraient pas la même confiance aux socia- 
listes ; aujourd'hui, on ne se contente pas de 
leur faire des promesses, on leur donne des 
réalités. 

D. — Et la situation financière ? 



230 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

. R. — C'est le pendant de la situation ministé- 
rielle ; elle a fait aussi un grand pas. Depuis 
longtemps on dépensait sans compter ; nos amis du 
parlement avertissaient du danger. On ne les 
écoutait pas. Aujourd'hui on ne peut plus nier le 
mal, puisque tout le monde le voit. 

D. — En efifet, le gouvernement lui-même avoue 
les difficultés de la situation financière. Ce n'est 
pas son seul aveu. En suivant les débats des 
Chambres, le Prince a pu voir ce qui a été dit du 
désarroi de l'administration à propos de l'expé- 
dition de Madagascar. 

R. — Cette expédition fait le plus grand honneur 
à nos soldats et à nos chefs militaires qui ont 
accompli de véritables prodiges. Mais elle a montré 
les faiblesses de notre administration, et surtout 
le déplorable manque d'accord entre les ministères 
compétents. Elle a montré aussi l'absence de toute 
responsabilité. Le jour où on veut demander 
compte des fautes commises, on ne trouve plus 
personne ; chacun répond : Cela ne me regarde 
pas, je n'étais pas là quand cela s'est fait. 

D. — Oui, voilà le mal. Mais où est le 
remède ? 

R. — Sous la république, je n'en vois pas. Sous 
la monarchie, il y a quelqu'un qui est toujours là : 
le roi. C'est lui qui fait l'accord entre les ministres ; 
c'est lui qui met de la suite dans les projets et qui 
veille à leur fidèle exécution ; car si les choses 



232 LA MONARCHIE FRANÇAISE 



Allocution (ï la délégation de la Jeunesse royaliste 
de Paris qui avait apporté un drapeau au Duc 
d'Orléans le 9 Juin 1897. 

Mes chers amis. 

De tous les magnifiques présents reçus à l'oc- 
casion de mon mariage, aucun ne pouvait me 
toucher autant que le vôtre. Ce drapeau marqua au 
siècle dernier l'union de la Maison de France et 
de la ville de Paris. Il est entre mes mains le 
symbole de l'apaisement social et de la concorde 
civique; nous nous inclinons tous devant lui. 

Fier de ce que mes ancêtres ont fait de la France, 
de ce que chacun d'eux la rendit plus grande, je 
m'élève de la hauteur de leurs gloires et de leurs 
conquêtes ; mais toutes les victoires françaises me 
sont également chères, drapées aux couleurs de 
Rocroy, ou à celles de Valmy, ou à celles d'Iéna, et 
le drapeau tricolore resplendissant de ses marches 
triomphales à travers le monde nous est devenu 
définitivement sacré par ses revers. Merci, mes 
chers amis, merci du fond du cœur. 

La pensée de la patrie m'accompagne partout 
et toujours ; mais puisse la contemplation de ce 
drapeau me donner parfois l'illusion d'être sur la 
terre de France ! 



DUC d'orléaxs 233^ 



TÉLÉGRAMME A M™* DE MIRIBEL (1). 

25 Août 1S97. 

La Duchesse d'Orléans et moi nous nous asso- 
cions de tout cœur à l'hommage rendu au très 
brillant oflScier et à Téminent organisateur militaire 
dont la France pleure encore aujourd'hui la perte. 

De la terre d'exil nous envoyons du fond du 
cœur l'expression de notre admiration pour le 
Taillant ofiîcier qui sut si bien comprendre ses 
devoirs de soldat et de patriote. 

Votre affectionné. 

Philippe. 



Au colonel de ParsevaL 

Londres, 26 Novembre 1897. 

Mon cher colonel, 

Je ne puis retenir im cri de douleur et d'indi- 
gnation quand m'arrive, jusque sur la terre d'exil, 
l'écho des scandales nouveaux dont on n'a pas 
su épargner la honte à la France. 

(1) Ce télégramme fut adressé à M"»^' de Mirihel le jour de 
rinauguration à Hauterivc, dans la Drôme, de la statue du 
général de Miribel. 



•V! 



1^ L.1 3IOXXHCHIE FRANÇAISE 



Jostju'icî rhoDueiir de Farmée était resté in^doIé. 
L honneur Je rannée ! Qui donc plus que moi 
aurait à cœur de le défendre ? 

Puisse oublier à quelle hauteur Favaient placé 
les rois mes ancêtres* aidés des glorieux soldats qui 
jadis ont si vaillamment comiiattu pour achever 
I\Ya\Te grandiose de l'unité française, et dont le 
noble sang a rougi tant de champs de bataille ! 

C'est vous, mon cher colonel, que je veux 
prendre pour confident des révoltes de mon cœur, 
certain que je suis de trouver un écho dans le vôtre. 
Jamais les rigueurs de Texil ne m'ont semblé si 
cruelles qua cette heure où je suis forcé de rester 
spectateur impuissant des affronts infligés à cette 
glorieuse armée. Par suite de quelle étrange et 
déplorable inertie Ta-t-on laissée exposée à de pa- 
reilles atteintes ? 

Ceux qui nont pas su faire du pouvoir qu'ils 
lictieiinent un usage plus énergique porteront 
devant le pays et devant l'histoire une lourde 
responsabilité- 

Pour moi, s'il plaît à Dieu de me rendre un jour 
la couronne, j ose dire que je saurai trouver dans la 
conscience de mon devoir et de mon droit et dans 
la puissance des institutions monarchiques la 
force nécessaire pour protéger, comme il convient, 
rhonneur des soldats de la France. 

Veuillez me croire toujours, mon cher colonel, 
votre affectionné. 



236 



LA MONARCHIE FRANÇAISE 



tenir au courant de leurs aspirations, de leurs 
travaux et de leurs eflForts divers. 

Je vous prie en conséquence, mon cher président, 
de vouloir bien notifier à vos groupes le choix que 
j*ai fait de M. Buffet, en leur indiquant la mission 
dont il est chargé par moi auprès d'eux. 

Croyez-moi, mon cher président, votre affec- 
tionné. 

Philippe. 



A M. André Buffet. 

Wood-Norton, 14 Janvier 1898. 

Mon cher Buffet, 

Je vous demande de remplacer Dufeuille dans 
la mission que je lui avais confiée et dont il m'a 
prié de le décharger. J'ai beaucoup regretté sa 
décision. 

Depuis que je vous connais, depuis que vous 
êtes auprès de moi, j'ai pu apprécier chez vous les 
qualités qui ont fixé mon choix, et, en vous deman- 
dant voire concours dans un moment où il est 
nécessaire que ma pensée soit bien connue et bien 
interprétée, je sais que je ne me trompe pas et que 
vous serez un collaborateur autorisé et écouté. 

Vos traditions de famille, votre fidèle dévoue- 



DUC d'orléans 237 



ment à mon père et à moi, l'assistance que vous 
m'avez prêtée lorsque je suis venu en France en 1890, 
m'assurent de votre attachement à mon principe et 
à ma personne ; c'est donc dans une communauté 
de pensées complète que nous travaillerons en- 
semble. 

Mon choix sera, j'en suis certain, approuvé par 
tous nos amis, par Dufeuille, que vous trouverez 
toujours empressé à vous faire profiter de son 
expérience et de ses souvenirs, quand vous voudrez 
y recourir, et aussi par la Jeunesse royaliste, avec 
laquelle, il y a peu de jours, je vous demandais de 
me créer des relations plus régulières et plus 
suivies. 

Vous me savez, mon cher Buffet, 



Votre affectionné. 
Philippe. 



MANIFESTE 



21 Septembre 1898. 

Français I 

Les meneurs de Todieux complot contre l'hon- 
neur et la sécurité de la patrie ont aujourd'hui jeté 
le masque. 



238 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

Intimidés par eux, des ministres se sont abaissés 
jusqu'à se faire leurs complices. 

Rien n'a pu les faire reculer, pas même les affir- 
mations répétées avec un significatif éclat par tous 
ceux, militaires ou civils, qui se sont succédé au 
ministère de la guerre. 

Aujourd'hui, tout en reconnaissant qu'aucun 
doute sur la culpabilité du condamné ne s'est élevé 
dans leur esprit. 

Sous le prétexte mensonger de calmer l'opinion 
publique, dont ils se refusent à consulter les repré- 
sentants autorisés, 

Au mépris du suffrage universel sans lequel ils 
ne sont rien. 

Ils viennent trancher une question qui, leurs 
délibérations mêmes le prouvent, est une question 
nationale... 

Ils cherchent à travestir à leur profit une pensée 
de vérité exprimée à la tribune française et qui a 
fait vibrer mon cœur : « Nous sommes les maîtres 
chez nous 1 » 

Pour être maître chez soi, il faut commander et 
non obéir. Or les serviteurs soumis d'un pouvoir 
occulte et néfaste prétendent vous imposer la 
volonté qu'ils subissent. 

La subirez- vous ? 

La Constitution est déchirée par ceux-là même 
dont elle était le seul titre et qui se réclamaient 
d'elle. 



DUC D ORLÉANS 239 



Elle n'existe plus. 

Vos droits les plus sacrés sont outrageusement 
violés. 

Le souffrirez-vous ? 

Français ! 

Sous prétexte d'innocenter l'homme que les tri- 
bunaux militaires ont condamné comme traître, 
c'est l'armée qu'on veut détruire et la France qu'on 
veut perdre. 

Nous ne le permettrons pas ! 

Philippe. 



Aux délégués des groupes ouvriers royalistes de 
la Villette-Combaty venus à Bruxelles le P^ fé- 
vrier 1899y pour saluer le Duc dOrléans et 
Madame la Duchesse dOrléans. 

Madame la Duchesse d'Orléans a répondu au président 
du Comité royaliste de la Villette- Combat: 

Mes chers amis. 

Je suis profondément touchée de vos bonnes 
paroles. 

Je suis de tout mon cœur avec vous. Tout ce que 
vous sentez, je le sens avec vous, car dans mon 
cœur sont les sentiments d'une vraie Française. 

Travaillez comme vous le faites. Continuez : ce 
sera notre salut et celui de la France ! 



240 LA MONARCHIE FRANÇAISE 



Le Duc d'Orléans a répondu au comte Jean de Sabran, qui 
lui présentait la délégation : 

Mon cher Sabran, 
Mes amis. 

Je sais la ténacité et la vaillance de vos patrio- 
tiques efforts contre les agissements parricides 
d'un pouvoir occulte et cosmopolite dont le but est la 
destruction de la patrie française, que mes aïeux, 
aidés de vos pères, avaient faite si grande, si forte, 
si glorieuse, si respectée, en s'appuyant à la fois sur 
le peuple et sur l'armée. 

Je sais également le loyalisme et la netteté de 
vos sentiments royalistes, qui ont forcé le respect 
même de vos adversaires. * 

Et c'est pourquoi, moi, fils de France, je vous dis 
que vous avez bien mérité de la France. 

Royalistes et patriotes, vous avez, comme moi, 
senti douloureusement les injures faites à l'armée 
par une coalition sans nom. Répondant au cri 
d'indignation qui s'échappait de mon cœur, dès le 
commencement de cette campagne odieuse, vous 
vous êtes montrés les vaillants défenseurs de la 
noble et glorieuse muette, armure d'honneur de la 
France qui apparaîtra plus brillante encore après 
ses nouvelles épreuves. 

Je n'attendais pas moins de vous. 

Mais, en comparant le douloureux et stérile pré- 
sent au fécond et glorieux passé, tous les vrais 



DUC d'orléans 241 



Français ont le devoir impérieux de préparer ' 
sans retard à notre bien-aimée patrie un avenir 
enfin digne d'elle. 

Pour préparer et assurer donc cet avenir, je 
veux devant vous, mes amis, faire un patriotique 
appel à toutes les bonnes volontés et à toutes les 
saines énergies fermement résolues à reconstituer 
la patrie française, promettant, de mon côté, de 
faire mon devoir, tout mon devoir, pour hâter 
l'heure de Dieu et la parole de la France ! 



Allocution prononcée à San-Remo, le 22 Février 
1899 y en recevant les représentants des Bon- 
cheS'du-Rhône, du RhônCy du Gard, de Vau- 
cluse, du Var et de VHérault. 

Mes chers amis. 

Merci à tous ceux qui, dans la crise angoissante 
que la France traverse, sont venus m'apporter, 
avec le témoignage de leur dévouement, l'expres- 
sion de leur foi et de leurs espérances. 

Non, la France n'est pas perdue, car elle revient 
aux traditions qui firent sa grandeur passée et 
feront sa grandeur future : l'union du peuple etae 
la monarchie dans le culte de la nation et de son 
armée. Elle sortira de cette crise avec la confiance 

16 



246 LA MONARCHIE FRANÇAISE 



La France ne s'y trompera pas ; elle les a jugés. 
Et maintenant, mes chers amis, à l'œuvre réso- 
lument et comme hier 1 

Le gouvernement républicain, par une faute irré- 
parable, nous a fourni l'occasion de montrer au 
peuple ce que nous sommes et ce que nous 
voulons. 

Disons-le hautement : tout ce qui est national est 
nôtre, et c'est sans crainte, sans arrière-pensée, que 
je m'adresse à tous les vrais Français, n'ayant 
rien à redouter d'aucun concours, de quelque point 
de l'horizon politique qu'il puisse me venir. 

Je fais appel à tous ceux qui se rencontrent dans 
le même amour de la France et de l'armée. 

Ma politique continuera à veiller avec un soin 
jaloux sur les intérêts moraux et matériels de tous 
ceux qui vivent de leur travail. 

J'ai déjà dénoncé les excès de la spéculation et 
l'égoïsme brutal de la puissance juive et interna- 
tionale. 

La république a dû s'incliner devant cette puis- 
sance. La monarchie ne pourrait le faire. Elle 
n'oubliera jamais que son premier devoir est de 
protéger les faibles contre toutes les oppressions. 
Ce qui reste des plus précieuses conquêtes de ce 
siècle, la liberté de l'enseignement, est gravement 
menacé par la secte franc-maçonne qui commande 
au pouvoir. 

Les royalistes seront avec moi au premier rang 



DUC d'orléans 247 



parmi ses défenseurs. C'est en vain que, pour la 
détruire, ses adversaires invoquent la nécessité de 
faire l'unité morale de la France. 

Cette unité existe dans le cœur des Français de 
tous les partis : ils l'ont maintes fois prouvé sur les 
champs de bataille, et elle ne serait en péril que si un 
gouvernement débile laissait les influences cosmo- 
polites désagréger la France. — Mais prétendre à 
cette unité d'esprit au prix d'une liberté ce serait 
violer un droit imprescriptible; ce serait mettre en 
conflit l'Etat et la conscience des citoyens ; ce serait, 
en réalité, détruire cette unité, au lieu de la faire. 

Ensemble aussi nous défendrons la grande 
cause du droit d'association qui avait trouvé en 
M. le Comte de Chambord et en mon père bien-aimé 
ses défenseurs les plus énergiques. 

Demain, comme hier, et plus qu'hier, parce que 
vous avez fait vos preuves, mes chers amis, je 
compte sur votre concours intelligent et actif. 

Vous resterez les défenseurs de toutes les tradi- 
tions nationales de la patrie, affirmant bien haut 
qu'elles ne peuvent être sauvegardées que par moi, 
au nom du droit que je représente. 

Rappelons sans cesse à la France que chaque 
fois qu'elle a méconnu ce droit elle n'a eu qu'une 
gloire et une prospérité passagères. 

Continuons, sans défaillance, à lutter ouverte- 
ment pour nos idées, ne cédant à aucune menace, 
afin que le pays ne puisse jamais nous reprocher 



248 LA MONARCHIE FRANÇAISE 



d'avoir reculé devant rien pour accomplir la grande 
œuvre nationale. 

Nous n'atteindrons notre but que par une poli- 
tique d'affirmation énergique et de vigoureuse 
action I 



A M. Charles Maurras. 

Marienbad, le 5 Septembre 1900. 

Mon cher Maurras, 

C'est avec le plus grand intérêt que j'ai suivi 
votre enquête sur la monarchie et les déclarations 
que vous ont faites Buffet et Lur-Saluces. 

Tous mes amis peuvent différer sur des nuances 
d'opinions ou des prévisions de réformes ; c'est 
leur droit, mais ce qui restera désormais, c'est 
l'unité profonde de la conception royaliste. Elle est 
réformatrice. Réformer pour conserver, c'est tout 
mon programme. 

Je ne me prononcerai pas sur le détail. Un Prince 
qui aurait la prétention de le régler d'avance serait 
peu de chose. Un Prince qui ne se déclarerait pas 
sur les principes ne serait rien. 

Je me suis déjà expliqué sur quelques questions 
essentielles à la vitalité du pays. J'ai défendu lar- 
mée, honneur et sauvegarde de la France. J'ai 



^50 LA MONARCHIE FRANÇAISE 



Au baron de Claye. 

SlJuillet 1901. 

Mon cher monsieur de Claye, 

Je vous remercie de votre lettre qui ma fort 
touché et des sentiments de dévouement dont elle 
m'a apporté l'expression. Je sais depuis longtemps 
pouvoir y compter. 

J'appréciais au plus haut point l'efiFort persévé- 
rant et désintéressé que vous consacriez au Moni- 
teur universel. Je vous en remercie encore. 

C'est avec un vrai chagrin que je vois disparaître 
cet organe qui occupait le premier rang de la presse 
royaliste et qui avait groupé pour la défense de 
notre cause les collaborateurs les plus éminents et 
les talents les plus incontestés. 

Le Soleil va continuer l'œuvre poursuivie ; j'ai 
bon espoir qu'il réussira ; mais il ne fera jamais 
oublier le Moniteur et ses longs services. 

Faites-vous, je vous prie, mon cher monsieur de 
Claye, mon interprète auprès de tous pour leur dire 
mes remerciements et les assurer de mon affection. 

Je vous prie de me croire, mon cher monsieur 
de Claye, 

Votre affectionné. 



252 LA MONARCHIE FRANÇAISE 



currence effrénée, le contrepoids de la défense 
commune ; au privilège industriel, la constitution 
volontaire et réglée de corporations libres. » 

C'était afin d'entrer dans cette voie que mon 
père encourageait les royalistes à prendre les pre- 
miers l'initiative d'une loi « unique, libérale et 
prévoyante », de façon, ajoutait-il, « à ne pas se 
laisser devancer par ceux qui veulent en faire une 
mesure de parti ». 

Paroles prophétiques, que vient de justifier 
d'une façon cruellement précise la loi néfaste 
récemilient votée par le parlement républicain, et 
qu'aggravent encore les mesures vexatoires prises 
par le gouvernement pour en assurer l'application. 

Cette réforme de notre législation, dont on était 
en droit d'attendre les plus féconds résultats, ne 
saurait être qu'illusoire et funeste, n'ayant été ins- 
pirée que par l'esprit de parti et de secte le plus 
mesquin, le plus étroit et le plus antinational. 

Elle est donc à refaire, et j'adjure mes amis d'y 
employer leurs efforts. Je leur demande de s'inspirer 
pour cela des idées de mon père ; je les tiens pour 
sages et justes, et si Dieu m'appelle un jour à 
régner sur la France, j'aurai à cœur d'en poursuivre 
avec persévérance l'application. 

J'estime, en effet, qu'au point de vue social aussi 
bien que religieux, c'est là qu'il faut chercher la 
véritable solution des problèmes qui se posent de 
nos jours d'une façon de plus en plus aiguë. 



254 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

Et je saisis cette occasion pour saluer à leur 
arrivée sur la terre d'exil ces Français qui, 
victimes de la plus inqualifiable persécution, vien- 
nent partager les douloureuses épreuves qui me 
sont depuis si longtemps imposées. 

Les mesures violentes dont ils ont à souffrir sont 
une manifestation nouvelle de la façon dont, grâce 
à une centralisation excessive, une minorité auda- 
cieuse peut abuser du pouvoir et Fexercer sans 
contrôle et sans frein. J'ai déjà eu occasion de 
signaler ce mal, d'en montrer les effets désastreux 
pour notre pays et d'en indiquer en même temps 
le remède. Comme ceux qui m'ont précédé, je vois 
ce remède dans la restauration des libertés natio- 
nales sous l'égide d'un pouvoir qui se montrera 
d'autant moins oppressif que, se sachant incontesté^ 
il se sentira fort et assuré de l'avenir. 



A M. Paul Boiirget. 

Vienne, 11 Mars 1902. 

Dans les trop longues heures de liberté que me 
donne l'exil, l'arrivée d'un livre qui, comme les 
vôtres, moucher monsieur Bourget, conserve la tra- 
dition de l'âme française, est la visite d'un ami qui 
fait oublier la tristesse et la distance. C'est ce senti- 



DUC d'orléans 255^ 



ment que j'ai éprouvé en lisant avec grand intérêt 
les deux parties de votre puissante étude déjà 
parues dans la Revue des Deux Mondes, Je vous 
suis avec un intérêt passionné dans YEtape que 
vous faites parcourir à Tâme de Jean Monneron. 
J'admire la netteté avec laquelle vous inontrez, pour 
la famille et l'individu, les conséquences déplo- 
rables d'une rupture trop brusque avec des tradi- 
tions séculaires et un milieu ancestral. Je suis 
efiFrayé avec vous des progrès de cette fausse démo- 
cratie qui, sous prétexte d'humanité meilleure, ne 
cultive dans l'esprit du peuple que des pensées de 
haine, et j'attends avec impatience, comme tout 
homme capable de comprendre une forte pensée et 
un beau langage, l'arrivée de votre héros à la vérité. 
Je crois, moi aussi, mon cher ami, à « une mys- 
térieuse influence des morts sur les vivants », et 
c'est avec toute l'affection que mon père avait pour 
vous que je vous prie de me croire 
Votre très affectionné 

Philippe. 



DUC d'orléans 257 



pourra sortir, le succès ne sera possible que le jour 
où cette idée sera comprise, et où se sera évanouie 
la persistante illusion de ceux qui croient encore à 
Tamélioration possible de la république. 

Je vous invite donc à reprendre dès aujourd'hui 
Fœuvre de propagande et d'affirmation royalistes 
qui doit faire l'objet de vos constantes préoccupa- 
tions. 

Malgré le douloureux éloignement que m'impose 
l'exil, je m'associe à vos efforts, résolu à ne rien 
négliger pour les seconder. Quand on dit que le Duc 
d'Orléans ne veut pas régner, on me fait la plus 
douloureuse des injures, et je saurai la relever en 
montrant par mes actes que le but de ma vie est de 
restaurer le trône de France avec l'aide de Dieu et 
le concours de tous les bons Français. C'est mon 
devoir envers ma patrie; je n'y faiblirai pas. 

Mon bureau politique, qui est en communication 
permanente avec moi et qui vous a déjà transmis 
mes instructions touchant votre organisation dépar- 
tementale, sera toujours à même de vous guider 
dans les détails d'exécution de ce programme. Je 
compte sur votre dévouement pour le remplir, et 
par avance je vous remercie. 
Votre affectionné. 

Philippe. 



17 



258 LA MONARCHIE FRANÇAISE 



Au duc de Rohan. 

Wood Norton, Jaavier 1903. 

Mon cher duc. 

Très vivement peiné par le récit des misères de! 
pêcheurs bretons, je viens vous prier de leur distri 
huer ma modeste offrande, car je souffre avec eux 
et je compatis de tout cœur à leur détresse. 

Vous êtes le représentant officiel de ces contrée! 
si éprouvées et, mieux qu'un autre, vous êtes à mêm( 
de distribuer efficacement ces secours. 

Veuillez donc me remplacer auprès d'eux, el 
recevez à Tavance mes plus sincères remerciements. 

Croyez-moi toujours, mon cher duc. 
Votre affectionné. 

Philippe. 

Se conformant au désir du Prince, le duc de Rohan a 
remis deux mille francs à l'évêque de Quimper et mille francs 
à l'évêque de Vannes. 



DUC D ORLÉANS 259 



A M. de Lamarzelle. 

Gênes, 22 Mars 1903. 

Mon cher sénateur, 

J'apprends à Tinstant votre énergique interven- 
tion au cours de la discussion du budget des cultes, 
et je tiens, sans plus tarder, à vous en exprimer ma 
très vive satisfaction. 

Je sais quel admirable dévouement vous ne 
cessez de consacrer, à la tribune ou ailleurs, à la 
défense des idées qui nous sont chères, et ce ne 
sera pas en vain, croyez-moi, que vous leur aurez 
prêté le précieux concours de votre influence et de 
votre autorité. 

Plus que jamais les événements démontrent l'in- 
dissoluble union de ces deux grandes causes, celle 
de Dieu et celle du roi, et le temps n'est pas éloi- 
gné où l'Eglise de France, ramenée par la persécu- 
tion à' la juste appréciation de notre tradition 
historique, reconnaîtra qu'il n'est pour elle d'indé- 
pendance et de salut que dans la monarchie. 

C'est là ce qu'il ne faut pas se lasser de répéter ; 
vous le faites, mon cher sénateur, avec le prestige 
de votre incomparable talent. Je suis heureux de 
vous en exprimer ma profonde gratitude et de me 
dire 

Votre affectionné. 

Philippe. 



260 LA MONARCHIE FRANÇAISE 



AUX PRESIDENTS DES COMITÉS 
ROYALISTES DÉPARTEMENTAUX 

Wood Norton, le 25 Mars 1905. 

Messieurs, 

Depuis cinq ans les maux de la patrie ont redoa- 
blé, augmentant en moi, avec les douleurs de l'exil, 
la conscience de mon devoir. Plus que jamais, à 
l'erreur républicaine doit s'opposer la vérité mona^ 
chique. Les trêves apparentes et passagères ne sau- 
raient modifier le cours des événements. Plus fort 
que les desseins des hommes, le vice même des ins- 
titutions entraîne le régime vers son terme fatal : 
l'anarchie 1 

L'Etat républicain est un corps décapité. Chacun 
le sent et le déplore. L'instinct populaire réclame 
un chef; il ne trouve, de l'aveu unanime, qu'un 
président désarmé, éternel esclave du parlement, de 
ses ministres, des loges ou des comités. Seul, le roi 
peut rendre à la magistrature suprême son uti- 
lité avec sa dignité. 

Elevée au-dessus de toutes les conditions rivales, 

indépendante des partis, uniquement préoccupée 

' ibien public et de Tintérét national, la monarchie, 

iitionnellc par son principe, moderne par ses 



264 LA MONAECHIE FRANÇAISE 

Mais, pour que Dieu nous aide, il convient de 
ne pas nous abandonner nous-mêmes. 

C'est en désertant la lutte contre une république 
nécessairement oppressive des consciences que cer- 
tains catholiques ont rendu possible la loi spolia- 
trice du 9 décembre dernier. Sans me permettre 
une décision doctrinale, j*ai le droit de les rappeler 
à la vérité politique. J'ai le devoir d'affirmer à noa- 
veau que, pour TEglise comme pour chacun des 
grands intérêts du pays, la condition indispensable 
de toute réforme en France, c'est la monarchie I 

Vous lavez compris, mon cher député. « Vieux 
croyant vendéen », vous avez conservé intacte la 
double foi paternelle. Le respect unanime qui 
accueillit votre présidence d'un jour vous a prouvé 
que Ton ne perd rien en autorité à ne point renier 
son drapeau. Laissez-moi souhaiter aux générations 
nouvelles et votre loyalisme et votre jeunesse de 
cœur. Laissez-moi vous dire que je suis fier d'ins- 
pirer à mes amis une fidélité que je saurai, au jour 
propice, payer de tout mon dévouement. 

Votre affectionné. 

Philippe. 



266 LA xMONARCHIE FRANÇAISE 

donné le grand bonheur de travailler utilement 
pour la science et le bon renom de mon pays. 

« Si, comme le docteur Récamier le disait tout à 
rheure, les hommes qui m'ont servi me gardent une 
place dans leur affection, ce sentiment est bien réci- 
proque. Je leur serai toujours reconnaissant de ce 
qu^ls ont fait pour l'honneur de la France. Je suis 
fier d'avoir pu vous présenter ce soir quelques-uns 
d'entre eux, et en vous remerciant des distinctions 
que vous avez données à mon état-major, j'associe 
tous mes compagnons à l'accueil flatteur que vous 
venez de me faire. » 



Télégramme au duc de Luynes et aux mem- 
bres du bureau du Congrès de presse et de pro- 
pagande monarchiques. 

Ostende, 21 Juin 1906. 

Je suis très touché de l'expression de votre 
dévouement à ma personne et à la cause nationale 
dont je suis le représentant. 

Il vous appartient de répandre les doctrines poli- 
tiques et sociales de la monarchie. 

Remerciez en mon nom les membres du Congrès, 
et particulièrement les journalistes fidèles qui, dans 



DUC d'orléans 267 



des conditions souvent difficiles, ont toujours mon- 
tré les solutions nécessaires au relèvement de la 
France. 

Le pays comprendra que, seules, les institutions 
monarchiques peuvent écarter les menaces du 
socialisme révolutionnaire et orienter nos destinées 
vers un avenir de liberté, de stabilité, de progrès 
social. 

J'approuve hautement les efforts des congres- 
sistes ; qu'ils continuent leur œuvre de propagande 
méthodique. Les circonstances travaillent pour 
nous. 

Quant aux devoirs qui m'incombent, ils peuvent 
être assurés qu'à l'heure voulue je saurai les rem- 
plir. 

Votre affectionné. 

Philippe. 



A M. Paul Bourget. 

Londres, 19 Janvier 1907. 

Mon cher Bourget, 

Je tiens à vous dire avez quelle satisfaction j'ai 
lu l'article que vous avez consacré à mon livre 
dans la Gazette de France. 



268 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

Vous avez su dégager de mon récit le mobile qc 
m'avait poussé à entreprendre cette exploration : 1 
besoin incessant de travailler à la grandeur de 1 
France. Les circonstances ne me permettent pa 
d'employer au bien de ma patrie toute lactivit 
que je voudrais: c'est là ma vraie souffrance 
Vous l'avez compris, et je vous remercie de l'avoi 
dit avec tout votre talent et avec tout votre cœur. 

Votre affectionné. 

Philippe. 



Au duc de Doudeauville (1). 

Le 31 Mai 1907. 

Mon cher duc, 

Je tiens à vous remercier encore, vous et vos 
collègues, du précieux concours que vous m'avea 
prêté dans l'étude des questions que je vous ai 
soumises. 

Sans vouloir détourner de l'action électorale, 
aux heures où elle s'impose, le comité que j'ai 
institué sous votre présidence, j'ai décide d( 
l'associer plus étroitement à mon action person- 

(1) Ancien Ambassadeur, ancien président de la DroiU 
'X)yaliste à la Chambre des députés. 



DrC DOKLÊJLVS .;» » 



nelle. Cesl dans cette îzîenlion que je lui ai 
demandé d*étre pour moi, i>our mon bureau poli- 
tique, un conseil permanent, et pour mts amis 
l'interprète autorisé de ma pensée et de nus ins- 
tructions. 

Vous m'aiderez ainsi à maintenir, en dépit ilr la 
vie errante du proscrit, le contact nécessaire entre 
les soldats et leur chef. Dissipez les préjugés, 
ranimez les énergies, et communiquez à tous la 
confiance que je vous demande en échange de celle 
que je tous donne. 

Si, pour tromper les heures de l'exil, il m'arrive 
de chercher encore dans quelque croisière l'occa- 
sion de payer un modeste tribut à riionncur du 
nom français, dites bien haut que je ne me laisse 
pas distraire du devoir dicté par ma naissance, et 
qu'essayer de travailler pour la France, si loin 
d'elle que ce soit, c'est me rapprocher de la |)alrie 
et, s'il plait à Dieu, suivre la voie la plus courte 
pour y rentrer. 

Crovez-nioi, mon cher duc, 

Votre affectionné. 

Piiii.iiM*!:. 



270 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

DERNIER FEUILLET 

Je 

« A travers la banquise » (1). 

Elnfîn, sur cent vingt milles au nord du cap Bis- 
marck, nous avons reconnu la côte groënlandaise, 
la terre de France, les îles françaises, l'île et lecay 
Philippe. 

Bien entendu, la reconnaissance est sommaire, 
telle qu'elle peut être faite sur un navire continuel- 
lement Ibrcê de se défendre contre la dérive de la 
glace, et ne pouvant, par suite, garder longtempsla 
même position. Mais qui sait quand cette carie 
pourra èlre complétée d'une manière plus précise? 
Qui sait, surtout, quand un navire pourra encore 
remonter comme nous l'avons fait ? Koldewev ne 
Ta-t-il pas essavé deux années de suite sans v 
réussir ? Et nous-mêmes, n'avons-nous pas eu une 
chance véritable, en découvrant le canal encombré 
qui nous a permis de rejoindre Teau libre au-dessus 
du cap Bismarck ? 

Et, tandis que le navire se débat de plus en plus 
dans la tourmente et que le commandant se décide 
à mettre à la cape pour la nuit, afin de ne pas 

(1) A travers la banquise. Du Spitzberg au cap Philippi 
(mai-août 1905). Paris, Plon-Nourrit, 1907. 



272 LA MONARCHIE FRANÇAISE 

du cœur de son fils exilé. Ici comme partout sa 
pensée a dominé ma vie. C'est par son nom que 
je veux terminer ces pages écrites au jour le jour 
de ce voyage où Dieu m'a donné le grand bonheur 
d'enrichir le patrimoine scientifique de mon pays, 
et d'aborder le premier une terre où j'ai pu faire 
flotter le drapeau français 1... 



I 



TABLE 

DES LETTRES ET DOCUMENTS POLITIQUES 

CONTENUS DANS CE VOLUME 



PREFACE. 



LE COMTE DE CHAMBORD 

Au colonel d'Esclaibes. — 20 septembre 1844. ... 21 
Au vicomte du Bouchage, membre de la Chambre des 

Pairs.- 11 octobre 1844 22 

A M.*** - 19 octobre 1846 24 

Au vicomte de Saint-Priest — 22 janvier 1848 ... 25 

A M.*** - IT juin 1848 29 

Au duc de Noailles. — août 1848 30 

Au duc de Noailles. — 5 octobre 1848 32 

A M. Berryer — 15 janvier 1849 34 

Au duc de Noailles - 22 décembre 1850 36 

AM. Berryer —23 janvier 1851 39 

,Au comte de Salvandy. — 17 mars 1851. .... 43 

A M. de Cprcelle — 28 février 1852 44 

Manifeste. — Frohsdorf, 25 octobre 1852 46 

Au duc de Lévis. — 25 juin 1853 49 

A M.*** — 12 juin 1855 51 

Au duc de Lévis. — 12 mars 1856 54 

Au Duc de Nemours. — 5 février 1857 55 

18 



274 TABLE DES LETTRES ET DOCUMENTS 



A M. de Cherrier, membre de l'Académie des inscrip- 

ïîons et belles-lettres. — 26 mars 1859 57 

A M. Villemain, de l'Académie française. — 25 jan- 
vier 1860 59 

A M. Casimir Périer. — 31 mars 1860 61 

A M. Charles de Riancey. — 12 mai 1860 63 

A M. l'Evêque d'Orléans. — 14 juillet 1860 64 

A M. Alfred Nettement. - 14 août 1860 66 

A M. Emile Pépin-Lehalleur. — 12 janvier 1861. . . 67 

Au marquis de Montaigu. — 23 février 1861. ... 69 

Lettre sur la décentralisation. — 14 novembre 1862. 70 

AM.Ch. de Surville. -10 juin 1864 75 

Lettre sur l'Algérie, la décentralisation et l'enseigne- 
ment. — 30 janvier 1865 77 

Lettre sur les ouvriers. — 20 avril 1865 84 

Lettre sur Tenquête agricole. — Mars 1866 92 

Lettre sur l'agriculture. — 12 mars 1866 94 

Au vicomte de Saint-Priest. — 9 décembre 1866 ... 98 

Au baron de Charette. ~ 15 novembre 1867 104 

A M.*** - 15 novembre 1869 105 

Au comte de Flavigny, président de la Société interna- 
tionale de secours aux blessés. — 22 août 1870. . . 108 

A M'**. — 1er septembre 1870 109 

Manifeste. — Frontière de France (Suisse), 9 octobre 1870 110 
Protestation contre le bombardement de Paris. — 

7 janvier 1871 112 

A M. de Carayon-Latour. — mai 1871 113 

Manifeste. — Chambord, 5 juillet 1871 118 

A M. de la Rochette, représentant de la Loire-Infé- 
rieure. — Ebenzweyer, 15 octobre 1872 122 

A M. Ch. de Ribbe. — Frohsdorf. 17 juin 1873. . . 125 
A M. Edouard de Cazenove dePradines. — 28 juillet 1873 127 
Au vicomte de Rodez-Bénavent, représentant de 1 Hé- 
rault. — Frohsdorf, 19 septembre 1873 128 

A M. Chesnelong, représentant des Basses-Pyrénées. 

— Salzbourg, 27 octobre 1873 130 

Manifeste. - 2 juillet 1874 134 

Au comte Albert de Mun. — 20 novembre 1878. . . 137 



Table des lettres et documents 275 



Au marquis de Foresta. — 26 juillet 1879 140 

Au comte Albert de Mun — 15 mars 1881 142 



LE COMTE DE PARIS 

Note 146 

Au baron Tristan Lambert. — Eu, 20 juillet 1883. . . 147 
A M. de Cazenove de Pradines. — Eu, 15 septembre 

1884 148 

Protestation. — Eu, le 24 juin 1886 149 

Au comte Lanjuinais. — Sbeen House, 22 avril 1887. 151 
Instructions du Comte de Paris aux représentants 

du parti monarchique en France. — Septembre 1887. 153 

Au baron Tristan Lambert. — 7 février 1888. ... 162 

A M Claudio Jannet. — Ems, le 8 juin 1888. . . . . 164 
Le Comte de Paris et les ouvriers parisiens. — 

17 juillet 1888 166 

Au duc d'Audiffret-Pasquier. — 26 août 1888. ... 172 

A M. EdouardBocher. — 1er septembre 1888. . . . 174 

Au colonel de Parseval. — 10 septembre 1888. . . . 176 

A M. de Cazenove de Pradines. — 12 mai 1889. 177 

Au colonel de Parseval. — 21 février 1891 178 

Au comte d'Haussonville. — Lisbonne, 25 décembre 

1891 179 

Au général de Charette. — 13 janvier 1892 181 

Au général de Charette. — 28 janvier 1892 183 

Au colonel de Parseval. — 31 janvier 1892 185 

Au baron Tristan Lambert. — 2 février 1892 .... 186 

Au colonel de Parseval. — 3 février 1892 188 

Au baron Tristan Lambert. — lo*" janvier 1893. . . . 189 

Au baron Tristan Lambert. — 20 août 1893. . . . 191 

Au colonel de Parseval 192 

Aux membres du Comité de la Jeunesse royaliste de 

France. - 29 avril 1894 193 

Au baron Tristan Lambert. — 11 août 1894 196 

Testament politique du Comte de Paris. — Stowe- 

House, 21 juillet 1894 198 



276 TABLE DES LETTRES ET DOCUMENTS 



Appendice. 

Le Comte de Paris et les questions ouvrières. . . . 202 
Discours prononcé à New -York le 20 octobre 

1890 208 



LE DUC D'ORLEANS 

Allocution prononcée à Londres après les obsèques du 

Comte de Paris, le 12 septembre 1894 225 

A M. Buffet, sénateur. — 17 janvier 1895 226 

A M. Paul Déroulède. — 10 novembre 1895. ... 228 
Entretien avec un ami du Moniteur universel. — 15 jan- 
vier 1896 229 

Allocution à la délégation de la Jeunesse roya iste de 
Paris qui avait appofté un drapeau au Duc d^Orléans 

— 9juinl897 232 

Télégramme à M™» de Miribel. — 25 août 1897. . 233 
Au colonel de Parseval. — 26 novembre 1897. . . . 233 
A M. Roger Lambelin, président du comité central de 

la Jeunesse royaliste. — 2 janvier 1898 235 

A M. André Buffet. — 14 janvier 1898 236 

Manifeste. — 21 septembre 1898 237 

Réception à Bruxelles des délégués des groupes « uvriers 

royalistes de la Villette-Combat. - 1er février 1899. 239 
Allocution prononcée à San-Remo en recevant les délé- 
gués des comités royalistes des Bouches-du-Rhône, 
du Rhône, du Gard, de Vauc use, du Var et de l'Hé 

rault. —22 février 1899 241 

Allocution à York-House aux inculpés de la Haute-Cour 
et aux royalistes poursuivis devant divers tribunaux. 

— 31 janvier 1900 244 

A M. Charles Maurras. - 5 septembre 1900 248 

Au baron de Claye. — 31 juillet 1901 250 

Préface à une nouvelle édition de l'étude du Comte de Paris : 

Une liberté nécessaire. — Octobre 1901. . . . 251 



I. 



il